IRM

Une technique pour faire durer l’hyperpolarisation des agents de contraste

Les chercheurs de plusieurs laboratoires français et suisses ont découvert un moyen de prolonger pendant plusieurs heures la durée de vie des agents de contrastes hyperpolarisés. Ces traceurs, beaucoup plus visibles à l’IRM, permettent entre autres de détecter in vivo le métabolisme des organes et des cellules.

Le 07/03/17 à 8:00, mise à jour le 23/02/26 à 14:32 Lecture 2 min.

Le procédé d'hyperpolarisation permet d'augmenter la sensibilité des agents de contraste et de suivre leur position et leur métabolisme en temps réel (photo d'illustration). © D. R.

Les agents de contraste hyperpolarisés en IRM pourraient bientôt être accessibles à tous. Les chercheurs du Laboratoire des biomolécules (CNRS/Sorbonne universités/ENS), de l’École polytechnique fédérale de Lausanne et l’Institut des sciences analytiques (CNRS/Université de Lyon 1/ENS de Lyon) ont en effet développé une technique qui permet d’étendre leur durée de vie à plusieurs heures. D’ordinaire, elle ne dépasse pas la minute, ce qui empêche leur utilisation en dehors de la quinzaine de sites équipés pour les fabriquer.

Identifier les cellules cancéreuses

Les agents de contraste hyperpolarisés sont constitués de molécules endogènes de type glucose, pyruvate, lactate, etc. « Ces petits métabolites sont déjà présents dans le corps. Lorsque nous les préparons dans un appareil d’hyperpolarisation à très basse température et haut champ magnétique, nous augmentons le champ magnétique des spins ou noyaux de ces molécules », explique Sami Jannin, chercheur en résonance magnétique hyperpolarisée à l’Institut des sciences analytiques de Lyon. La polarisation aligne les noyaux dans le champ magnétique, à la manière de petits aimants. Les molécules sont donc mieux détectées par l’IRM. « Elles donnent des signaux 10 000 fois que les agents de contraste normaux », assure Sami Jannin. Cette sensibilité permet à l’IRM de suivre leur position et leur métabolisme en temps réel, avec les séquences d’imagerie rapides déjà existantes. Il est ainsi possible, en injectant un dérivé du glucose, de repérer les cellules cancéreuses, qui métabolisent ce glucose.

Un électron cheval de Troie

Pour permettre à ces agents de « vivre » plus longtemps, Sami Jannin et ses confrères ont utilisé des radicaux libres. « Ces électrons appariés permettent d’augmenter la polarisation. Le problème, c’est qu’ils font aussi perdre l’effet magnétique rapidement, rapporte le chercheur. Nous avons réussi à séparer physiquement les électrons des noyaux et nous avons utilisé un noyau « espion » pour transporter la polarisation jusqu’au noyau cible. En utilisant ce troisième noyau comme cheval de Troie, nous avons pu polariser notre noyau cible sans qu’il ne voie l’électron. Une fois la polarisation transférée par des méthodes d’irradiation par radiofréquence irréversible, la polarisation ne s’échappe plus et reste bloquée sur la molécule », décrit-il dans un article publié dans Nature communications [1].

Démocratiser le produit

La durée de polarisation dépend des molécules choisies. « Nous cherchons à comprendre pourquoi nous perdons les propriétés magnétiques et ce que nous pouvons faire pour les conserver le plus longtemps possible. Nous allons poursuivre nos recherches pour développer tous les outils théoriques, physiques, chimiques qui permettront de démocratiser le produit », conclut Sami Jannin. Un essai clinique sur les humains est actuellement en phase II.

Auteurs

Virginie Facquet

Bibliographie

  1. Ji X., Bornet A., Jannin S., « Transportable Hyperpolarized Metabolites », Nature Communications, 2017, article n° 13975. DOI : doi:10.1038/ncomms13975

Discussion

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Sur le même thème

Le fil Docteur Imago

25 Fév

7:30

Une étude a montré que l'anxiété chez les patients passant une IRM avec injection de produit de contraste était fortement influencée par des explications peu claires ou insuffisantes concernant la procédure, tandis qu'une communication claire contribuait à ce que les patients se sentent mieux préparés et rassurés. (Etude)
24 Fév

16:00

De mauvaises explications des examens IRM avec contraste contribuent à l’anxiété des patients, rapporte une étude parue dans le Journal of Magnetic Resonance Imaging.  Les résultats soulignent l’importance d’améliorer la communication centrée sur le patient et de fournir des ressources éducatives simples pour réduire l’anxiété, améliorer le confort et soutenir des expériences positives, écrivent les chercheurs.

14:25

La FDA a approuvé une mise à jour de l’étiquetage d’Elucirem™ (gadopiclenol) de Guerbet, étendant son indication aux enfants de 0 à 2 ans, y compris les nouveau-nés à terme. Cet agent de contraste à base de gadolinium déjà approuvé en 2022, est le premier agent de contraste à base de gadolinium approuvé à une demi-dose de gadolinium, et avec la plus grande relaxivité, pour les examens IRM du système nerveux central et du corps, nécessitant la moitié de la dose conventionnelle, indique un communiqué fourni par Guerbet.

7:12

Une étude rétrospective a évalué un modèle d’apprentissage profond basé sur le scanner en phase veineuse porte pour distinguer les métastases hépatiques du cancer colorectal des hémangiomes, montrant de bonnes performances globales. L’assistance par DL améliore significativement le diagnostic des lésions de 10 à 30 mm, mais son apport reste limité pour les lésions subcentimétriques, pouvant nécessiter une IRM complémentaire.
Docteur Imago

GRATUIT
VOIR