Législation

Le décret d’actes peut-il impacter les pratiques de téléradiologie ?

Le nouveau décret d’actes du métier de manipulateur radio autorise les manips à réaliser les examens non injectés sans la présence d'un radiologue. Cette configuration pourrait-elle faciliter les pratiques de téléradiologie ? Pas pour les représentants des deux professions.

Le 30/01/17 à 8:00, mise à jour aujourd'hui à 15:21 Lecture 2 min.

« L'ancien texte n'a pas empêché la téléradiologie de se développer », estime Fabein Voix, président de l'AFPPE (photo d'illustration). © C. F.

Parce qu’il leur permet de réaliser certains actes courants en l’absence – mais toujours sous la responsabilité – du médecin, le nouveau décret d’actes des manipulateurs d’électroradiologie médicale pourrait faciliter le développement de la téléradiologie. Selon Fabien Voix, président de l’Association française du personnel paramédical d’élecroradiologie (AFPPE), il ne devrait pourtant pas changer grand-chose, pour la bonne raison que la téléradiologie ne l’a pas attendu ! « Si on avait respecté l’ancien texte au pied de la lettre, la téléradiologie n’aurait pas pu exister, pourtant cela n’a pas empêché son développement, ironise-t-il. Ce n’est donc pas parce qu’on autorise aujourd’hui les manips à travailler seuls pour certains examens qu’elle va exploser. »

Ramener les pratiques dans le cadre de la loi

Le décret d’actes a tout de même un effet : celui de ramener les pratiques dans le cadre de la loi. « Dans les cas où le manip est seul, si un médecin est responsable de l’acte, valide le protocole et fait le compte rendu, qu’il soit physiquement présent ou en téléradiologie, le manip aura le droit de travailler, ce qu’il faisait déjà avant… mais sans couverture », poursuit Fabien Voix.

Une porte ouverte aux dérives ?

Le texte ne serait-il cependant pas susceptible de favoriser les situations dans lesquelles la téléradiologie remplacerait presque totalement le médecin ? « Un radiologue pourrait ouvrir deux cabinets et n’être présent que dans l’un d’entre eux pour faire des échographies, tandis que les manips feraient seuls les radios dans l’autre, reconnaît Fabien Voix, qui précise que les problèmes de dérives ne viendront pas des manips, qui n’ont pas la possibilité de dire au radiologue de venir ou pas. » Le président de l’AFPPE invite les manipulateurs à toujours se demander s’ils sont bien dans les clous. Le nouveau texte leur permet de mieux se situer : « Aujourd’hui les manips sont mieux encadrés du point de vue législatif et réglementaire qu’auparavant », assure-t-il. « Il ne faut pas s’imaginer que ce décret autorise à lâcher les manipulateurs dans la nature, estime pour sa part Laurent Verzaux, responsable du groupe téléradiologie de la Société française de radiologie (SFR). Il y a régulièrement des situations qui ne devraient pas exister et les manipulateurs qui considèrent qu’ils ne sont pas suffisamment encadrés ont le droit de le dire. On entend quelques fois des manipulateurs qui sont livrés à eux-mêmes, ce n’est pas acceptable. »

« En téléradiologie, on ne fait pas n’importe quoi »

Au final, qu’il s’agisse ou non de téléradiologie, tout est une question de balisage : « En téléradiologie, les professionnels savent avec quelles sociétés ils traitent. Les pratiques se sont protocolisées, il y a eu des recommandations du G4, on ne fait pas n’importe quoi. Si la téléradiologie reste bien encadrée, on laisse moins à l’abandon les manips que dans une configuration où l’on n’est pas en téléradiologie et où le radiologue n’est pas là », conclut Fabien Voix.

Auteurs

Carla Ferrand

Journaliste cheffe de rubrique

Voir la fiche de l’auteur

Discussion

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Sur le même thème

Le fil Docteur Imago

09 Avr

16:21

Une étude multicentrique publiée dans European Radiology montre qu’un modèle de deep learning combinant nnU-Net et ConvNeXt-tiny permet d’évaluer avec précision l’invasion musculaire dans le cancer de la vessie à partir d’IRM, avec des performances élevées et stables.

13:17

Une étude pilote a évalué un outil d’IA (BoneView) capable de détecter les fractures liées à la maltraitance chez des enfants de moins de 5 ans, montrant une légère amélioration de sa précision après un premier réentraînement. Ces résultats préliminaires suggèrent qu’un entraînement supplémentaire pourrait permettre d’atteindre des performances cliniquement utiles et renforcer l’aide au diagnostic dans ce contexte.

7:11

Une étude prospective comparant la radiographie conventionnelle à une reconstruction avancée 3D montre que cette dernière détecte toutes les fractures des membres avec une sensibilité de 100 %, contre 46,7 % pour la méthode classique, tout en conservant une excellente spécificité et qualité d’image. Son utilisation aux urgences pourrait améliorer la précision diagnostique, réduire les examens complémentaires et accélérer la prise en charge des patients.
08 Avr

16:29

Les images monoénergétiques virtuelles, combinées à des algorithmes de réduction des artefacts métalliques créées à partir de scanners à comptage photonique (PCCT), permettent une excellente visualisation des anévrismes intracrâniens préalablement traités et des vaisseaux adjacents, indique une étude. L’extension de ces résultats à des applications cliniques préliminaires chez l’humain s’avère également possible.
Docteur Imago

GRATUIT
VOIR