Ils veulent faire reconnaître leur rôle dans la bataille contre le coronavirus. Le 3 avril, des étudiants de l’institut de formation des manipulateurs d’électroradiologie médicale (IFMEM) de Nancy (54), mobilisés pour renforcer les équipes de soins dans les établissements hospitaliers, ont lancé une pétition en ligne pour réclamer les mêmes gratifications financières que leurs homologues étudiants infirmiers et élèves aides-soignants.

1 400 euros pour les infirmiers, 1 000 euros pour les aides-soignants

Ces derniers vont en effet bénéficier d’une revalorisation de leurs indemnités dans les régions Grand-Est et Île-de-France, les plus touchées par l’épidémie de COVID-19 : 1 400 euros par mois pour les élèves infirmiers et 1 000 euros par mois pour les élèves aides-soignants, annonce le ministère du Travail dans un communiqué. Une enveloppe de 11 millions d’euros pour le Grand-Est et de 18 millions d’euros pour l’Île-de-France financera cette mesure.

Les étudiants manips se rebiffent

29 millions pour les élèves infirmiers et aides-soignants donc, mais rien pour les apprentis manips, pourtant eux aussi sollicités pour aider les établissements de santé du Grand-Est. « D’après l’ARS Grand-Est, les étudiants manipulateurs ne sont pas éligibles à cette indemnisation. Ils peuvent espérer une indemnisation maximum allant de 23 à 40 euros par semaine. Tout juste de quoi couvrir leurs déplacements et leurs repas », déplorent les étudiants de l’IFMEM de Nancy dans leur pétition. « Nous ne touchons que 160 euros par mois pour les troisièmes années, ce qui équivaut à 1 euro de l’heure. Cette rémunération, qui est la même que lors de nos stages, ne prend pas en compte les risques encourus puisque nous sommes au front tout comme nos collègues soignants », alerte Shirley Bermani, étudiante en 3e année à l’IFMEM de Nancy.

L’AFPPE interpelle l’ARS

L’AFPPE s’est saisie du problème et a adressé une lettre à l’ARS Grand-Est pour plaider la cause des étudiants manips. « Comment expliquer à nos étudiants manipulateurs qui, sur la base du volontariat, vont venir en renfort des équipes d’imagerie épuisées ou malades, que leurs services rendus auprès des patients valent moins que ceux rendus par un étudiant infirmier ou un élève aide-soignant ? », interroge-t-elle, pointant également les inégalités de traitement entre les étudiants manips et les étudiants infirmiers concernant les indemnisations de stage. « En cette période tourmentée, il n’est pas concevable qu’une partie des professionnels indispensables au diagnostic et à l’orientation thérapeutique des patients soit encore oubliée », argue l’association.

« 23 à 40 euros par semaine, c’est dérisoire »

« À partir du 26 mars, dans le Grand-Est, les étudiants infirmiers et élèves aides-soignants qui sont en activité bénéficieront de l’indemnisation prévue. Quant aux étudiants manips, même s’ils sont mis en stage dans le cadre du COVID pour aider l’hôpital, ils n’auront droit qu’à leurs indemnités de stage qui vont de 23 à 40 euros par semaine, ce qui est totalement dérisoire », dénonce Joël Comte cadre de santé formateur à l’IFMEM de Nancy et premier vice-président de l’AFPPE.

Un rôle toujours peu reconnu

À l’échelle nationale, la sollicitation des étudiants manipulateurs est très hétérogène d’une région à l’autre, en fonction des besoins locaux. Dans le Grand-Est, le CHU de Nancy a fait appel à des étudiants pour renforcer ses équipes. « Une quinzaine d’étudiants de première année de l’IFMEM du CHU se sont portés volontaires pendant plusieurs semaines pour préparer des kits de prélèvement pour le COVID au laboratoire, ou dans les services de réanimation pour aider les patients âgés à communiquer avec leurs proches », explique Joël Comte. Pour lui, cette différence de traitement illustre le peu de considération prêtée aux manipulateurs radio : « C’est scandaleux car c’est un choix purement politique. La région est prête à rémunérer 6 000 étudiants infirmiers avec un SMIC amélioré. Mais pour 30 étudiants manips, ils ne veulent pas le faire alors que c’est une goutte d’eau. C’est un nouveau pied de nez à la profession et ça devient très agaçant. »

Carla FERRAND