Rayons X

Pas de contraste sans tungstène

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Clément DEVIC et Nicolas Foray Le 23/12/19 à 8:00, mise à jour hier à 15:06 Lecture 8 min.

Encore aujourd’hui, l’explication physique la plus fréquemment avancée du phénomène de contraste est souvent erronée et mérite une synthèse afin de réinstaurer la réalité scientifique. © Carla Ferrand

Résumé

Sur les clichés radiographiques, le rehaussement de contraste s’obtient généralement grâce à des agents iodés. Le cheminement intellectuel et technologique qui a abouti au développement de ces agents de contraste iodés est empirique et chaotique, trouvant sa source… dans le traitement de la syphilis au XIXe siècle. Encore aujourd’hui, l’explication physique la plus fréquemment avancée du phénomène de contraste est souvent erronée et mérite une synthèse afin de réinstaurer la réalité scientifique : les propriétés du contraste proviennent essentiellement de la composition de l’anode des tubes à rayons X.

Le contraste iodé : une approche empirique

Aujourd’hui, les agents de contraste iodés (ACI) sont utilisés de façon intensive pour augmenter la qualité de l’image radiographique [1, 2]. Les principes du contraste sont nés avec la radiologie. Bien avant la première explication de l’effet photoélectrique par Einstein en 1905, les radiologues avaient déjà mis au point d’étranges recettes pour rendre les organes opaques aux radiations. Quelques semaines après la découverte des rayons X par Roentgen, les médecins viennois Eduard Haschek et Otto Theodor Lindentha injectèrent ainsi un mélange de chaux, de mercure et d’huile de lampe à pétrole dans le bras amputé du cadavre d’une vieille femme et purent observer toute la vascularisation par radiographie. Ce fut le premier angiogramme [3]. Quelques mois plus tard, Étienne Destot et Léon Bérard visualisèrent sous rayons X la vascularisation cérébrale et celle de la thyroïde avec une solution d’or et de poudre de bronze [4]. D’autres éléments comme

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Auteurs

Clément DEVIC

Doctorant CIFRE - Fibermetrix

Unité INSERM UA8 « Radiations : Défense, Santé, Environnement »

Centre Léon-Bérard

Lyon

Nicolas Foray

Directeur de recherche INSERM

Unité INSERM UA8 « Radiations : Défense, Santé, Environnement »

Centre Léon-Bérard

Lyon

Bibliographie

  1. Bae K. T., « Intravenous contrast medium administration and scan timing at CT: considerations and approaches », Radiology, 1er juillet 2010, vol. 256, n° 1, p. 32-61. DOI : 10.1148/radiol.10090908.
  2. Nyman U., Aspelin P., Almen T., « Iodinated contrast media: a semantic somersault », Radiology, juin 2015, vol. 275, n° 3, p. 934, DOI : 10.1148/radiol.2015150066.
  3. Haschek E., Lindenthal O. « Contribution to the practical use of photography according to Röntgen », Wiener medizinische Wochenschrift, 1896, vol. 9, p. 63.
  4. Destot E., Bérard. L., « Société des sciences médicales de Lyon – Séance du 11 novembre 1896 », Lyon médical, 1896, p. 88 : 392.
  5. Mould R. F., A century of X-rays and radioactivity in medicine : With Emphasis on Photographic Records of the Early Years, Londres, Institute of Physics Publishing – CRC Press, 1993, 234 p.
  6. Oriel J. D., The scars of Venus: A history of venereology, Londres, Springer-Verlag, 1994, 248 p.
  7. Moran M. E., Urolithiasis : a comprehensive history, New York, Springer, 2013, 471 p.
  8. Beer E., « Uroselectan Intravenous Urography », Annals of surgery, 30 octobre 1930, vol. 92, n° 4, p. 761-765. https://journals.lww.com/annalsofsurgery/Citation/1930/10000/Uroselectan_Intravenous_Urography.27.aspx
  9. Singh J., Daftary, A., « Iodinated contrast media and their adverse reactions », Journal of Nuclear Medicine Technology, juin 2008, vol. 36, n° 2, p. 69-74 ; quiz 76-67. DOI : 10.2967/jnmt.107.047621
  10. Joubert A., Biston M. C., Boudou, C. et coll., « Irradiation in presence of iodinated contrast agent results in radiosensitization of endothelial cells: consequences for computed tomography therapy », International Journal of Radiation Oncology, Biology, Physics, 1er août 2005, vol. 62, n° 5, p. 1486-1496 DOI : 10.1016/j.ijrobp.2005.04.009.
  11. Norman A., Cochran, S. T., Sayre J. W., « Meta-analysis of increases in micronuclei in peripheral blood lymphocytes after angiography or excretory urography », Radiation Research, juin 2001, vol. 155, n° 5 p. 740-743. DOI : 10.1667/0033-7587(2001)155[0740:maoiim]2.0.co;2.
  12. Löbrich M., Rief N., Kuhne M. et coll., « In vivo formation and repair of DNA double-strand breaks after computed tomography examinations », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 21 juin 2005, vol. 102, n° 25, p. 8984-8989. DOI : 10.1073/pnas.0501895102.
  13. Rothkamm K., Balroop S., Shekhdar J., et coll., « Leukocyte DNA damage after multi-detector row CT: a quantitative biomarker of low-level radiation exposure », Radiology, janvier 2007, vol. 242, n° 1, p. 244-251. DOI : 10.1148/radiol.2421060171.
  14. Geisel D., Heverhagen J. T., Kalinowski M. et coll., « DNA double-strand breaks after percutaneous transluminal angioplasty », Radiology, septembre 2008, vol. 248, n° 3, p. 852-859. DOI : 10.1148/radiol.2483071686.

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