Docteur Imago / L’élaboration du cadastre des équipements médicaux lourds en Belgique, en 2016, a mis au jour l’existence d’IRM non agréées. Comment cela est-il possible ?
Christian Delcour / Avant les résultats du cadastre, sortis au deuxième trimestre 2016, ni le ministère de la Santé, ni l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI) ne connaissait le nombre d’équipements lourds d’imagerie médicale installés en Belgique. Aujourd’hui, on sait qu’il y a 145 IRM agréées. À ce contingent s’ajoutent des IRM non agréées, dites « grises ». Ce sont les appareils supplémentaires que les hôpitaux ont achetées pour faire face à la demande. Leur nombre exact n’est pas connu mais doit tourner autour de 25. À l’issue du recensement, toutes les machines d’imagerie lourde agréées ont reçu un numéro de facturation. Depuis le 1er juin 2016, l’INAMI ne rembourse plus les examens réalisés sur les IRM non agréées.
Docteur Imago / Comment les IRM sont-elles financées en Belgique ?
C. D. / En Belgique, le financement des IRM est double : un forfait annuel et des remboursements à l’acte. Les établissements ne percevaient pas les 400 000 euros annuels de frais de fonctionnement pour les IRM « grises ». Ils étaient seulement remboursés pour les actes. Or, une prestation d’IRM est remboursée au même prix qu’un examen de scanner alors qu’elle coûte beaucoup plus cher. On ne peut donc pas accuser les hôpitaux qui exploitaient les IRM « grises » d’avoir voulu faire de l’argent car ce n’était même pas rentable ! Pourtant, on leur demande de payer des amendes ! C’est l’administration dans toute sa splendeur.
Docteur Imago / La Société des radiologues belges assure que cette situation concernant les IRM « grises » était connue des pouvoirs publics. Ces derniers ont-ils fermé les yeux ?
C. D. / Depuis 20 ans, presque tout le monde savait qu’il y avait des IRM « grises » en Belgique. À la base, l’idée était de mettre en place une collaboration entre les radiologues et le ministère de la Santé pour essayer d’avoir une programmation intelligente des IRM. Nous avons élaboré ce cadastre afin d’établir un plan de répartition géographique des moyens d’imagerie. Entre temps, il y a eu des contraintes économiques et les ministres ont changé. Il a été décidé d’interdire les machines non agréées en croyant que cela permettrait de faire des économies mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. La demande d’IRM explose en Belgique comme partout dans le monde. Toutes les IRM qui nous restent tournent donc jusqu’à 22 heures, week-end compris. On essaie de répondre à la demande mais c’est une mesure administrative sans aucune logique médicale.
Docteur Imago / De plus, ces demandes de remboursement interviennent de manière rétroactive…
C. D. / En plus de la fermeture, le ministère demande de l’argent aux hôpitaux pour des examens réalisés en 2015. Nous devons rembourser des examens qui ont été prescrit de manière totalement normale. Nous sommes d’accord pour payer uniquement à partir du 1er juin 2016, date à laquelle le pouvoir organisateur a décrété que nous ne pouvions plus utiliser nos machines.
Docteur Imago / La SBR a fait un parallèle avec les médecins nucléaires qui avait été confrontés au même problème. Le ministère avait alors décidé d’effacer l’ardoise…
C. D. / La médecine nucléaire a effectivement connu une situation similaire il y a quelques années car une grande partie du parc TEP n’était pas agréée. L’État a demandé une petite compensation financière et a régularisé toutes les machines. C’est là que les radiologues se disent qu’il y a deux poids, deux mesures puisqu’on ferme des IRM en envoyant des amendes aux hôpitaux. Nous sommes le seul pays au monde qui ferme des IRM alors que nous en réclamons à corps et à cris.
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