Témoignage

À Nancy : « Dans mon service, toute l’activité programmée a été supprimée »

Au CHU de Nancy, le service d’imagerie réorganise ses filières de prise en charge et place ses personnels aux postes clés en préparation de la vague de patients COVID. Le chef du service Alain Blum et la cadre de santé Céline Bernot détaillent les modalités de cette gestion de crise.

Le 20/03/20 à 8:00, mise à jour aujourd'hui à 14:19 Lecture 3 min.

Dans le service d'imagerie de l'hôpital Central du CHU de Nancy toute l’activité programmée a été supprimée, indique Alain Blum. © C. F.

Docteur Imago / Comment l’épidémie de COVID-19 est-elle gérée au CHU de Nancy ?

Alain Blum / Une organisation s’est mise en place sur les deux sites du CHU de Nancy (Hôpital Central et Brabois) en lien avec le service d’accueil des urgences et les réanimateurs. Nous travaillons de concert pour fluidifier les parcours de soins en tenant compte du fait qu’il y a des patients suspectés d’être infectés par le COVID-19, soit pauci-symptomatiques, soit dans un état plus grave, et qu’il y a toujours d’autres patients à traiter. Des circuits patients distincts ont été mis en place. Sur le site de l’hôpital Central où nous accueillons les urgences, il y a une filière respiratoire qui permet de tenir compte de l’afflux de patients présentant une suspicion d’infection au COVID-19

D. I. / Suite à cette réorganisation, les demandes d’examens d’imagerie ont-elles évolué ?

A. B. / Ce qui est étonnant, c’est que les autres urgences ont nettement diminué. Par exemple, il y a beaucoup de moins de patients dans la filière traumatologie, ce qui est logique, mais il y aussi d’autres urgences qui semblent avoir « disparu ». On observe notamment une nette régression des demandes d’imagerie pour des douleurs abdominales. C’est tout à fait surprenant.

D. I. / Comment s’organise la coordination avec les autres services concernés ?

A. B. / Nous faisons des réunions quotidiennes avec des échanges qui se font de façon très efficace. En situation de crise, toutes les petites tensions qui peuvent exister habituellement disparaissent. Les gens essayent de faire au mieux et de se rendre disponible pour gérer la situation.

D. I. / Combien de scanners compte le CHU de Nancy et comment sont-ils exploités ?

A. B. / Au CHU de Nancy, sur le site Central, il y a quatre scanners. Sur le site Brabois, il y en a trois. Pour l’instant, il n’y a pas de scanner dédié exclusivement aux patients COVID. Sur le site Brabois, il est possible qu’un scanner le devienne, c’est anticipé au cas où ce serait nécessaire. Le scanner est réservé aux formes douteuses ou aux formes graves de la maladie. Pour l’instant, on ne l’utilise pas en dépistage, mais cela pourrait changer.

D. I. / Du personnel a-t-il été réquisitionné en imagerie ?

A. B. / Pour l’instant, il n’y a pas de personnel réquisitionné. Dans mon service du site Central, toute l’activité programmée a été supprimée. On conserve une activité réduite, d’une part pour pouvoir privilégier la prise en charge des éventuelles urgences, et d’autre part pour permettre le confinement du personnel médical et paramédical. Nous sommes en personnel réduit à l’hôpital. On est au tiers des effectifs pour les radiologues, et les secrétaires sont également moins présentes sur le site. Pour les manips, c’est un peu plus compliqué à organiser. On a renforcé les équipes des urgences et de nuit, ça mobilise beaucoup de ressources humaines.

Céline Bernot / Nous sommes en train de répartir les manipulateurs sur différents sites et services pour réorganiser les filières. Sur tout le CHU de Nancy, il y a environ 200 manipulateurs. Au service d’imagerie de l’hôpital Central, nous nous préparons au mieux pour essayer de désengorger au maximum les urgences et ainsi être en capacité d’accueillir la vague de patients COVID-19. L’objectif est de faire tourner les équipes pour ne pas laisser toujours les mêmes aux urgences à prendre en charge les patients infectés. Dans un contexte épidémique, la vigilance est permanente et les mesures d’hygiène sont très strictes. On fait donc des roulements car il ne faut pas épuiser les professionnels.

Auteurs

Carla Ferrand

Journaliste cheffe de rubrique

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