Cancer du sein

« En France, nous sommes les seuls à faire un dépistage décentralisé »

Un article paru dans European Journal of Radiology juge « insuffisante » la preuve du bénéfice en matière d’efficacité et de coût efficacité de la double lecture des mammographies de dépistage. Isabelle Doutriaux-Dumoulin, radiologue à l’institut de cancérologie de l’Ouest, décrypte cette étude et analyse les spécificités du dépistage tel qu’il est pratiqué en France.

Le 15/11/17 à 8:00, mise à jour hier à 15:17 Lecture 2 min.

« La deuxième lecture permet de détecter 1 100 cancers par an », explique la radiologue Isabelle Doutriaux-Dumoulin (ici lors du dernier congrès de la SIFEM). © Virginie Facquet

Docteur Imago / Un article publié dans la revue European Journal of Radiology [1] s’interroge sur l’efficacité de la double lecture en mammographie. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Isabelle Doutriaux-Dumoulin / Cette méta-analyse reprend quatre publications qui montrent que la double lecture aboutit à détecter plus de cancers mais que cette différence n’est pas statistiquement significative. Elle aurait, de plus, l’inconvénient de faire grimper le taux de faux positifs. Les auteurs concluent donc à l’absence de bénéfice en termes de coût-efficacité de la deuxième lecture par rapport à une simple lecture. Toutefois, les études qu’ils ont rassemblées se basent sur des modes de dépistage différents du nôtre. On peut se demander si cette revue de littérature est transposable aux résultats français. La question de l’efficacité mérite cependant d’être posée car la double lecture a un coût.

Docteur Imago / En quoi notre dépistage est-il particulier par rapport aux autres pays ?

Isabelle Doutriaux-Dumoulin / Il est décentralisé. Après invitation, les femmes vont chez le radiologue agréé de leur choix, au plus près de chez elles. Dans beaucoup d’autres pays, elles doivent se rendre dans des centres de dépistage. En France, les radiologues qui font du dépistage doivent lire plus de 500 mammographies par an. Ceux qui interviennent dans les quatre publications citées par Margarita Posso et coll. ne font que ça. Ils lisent entre 1700 et 5000 mammographies par an. L’expertise est donc très différente.

Docteur Imago / Et en ce qui concerne la lecture des examens ?

L’autre trait propre à la France, c’est que la seconde lecture centralisée, réalisée au centre de gestion de dépistage, ne concerne que les mammographies interprétées comme normales par le premier radiologue. Dans la méta-analyse que vous citez, tous les examens de dépistage sont vus par un deuxième lecteur. Il y a ensuite un troisième lecteur, ou un panel de lecteurs, qui relit tous les dossiers positifs discordants des lecteurs 1 et 2. C’est ce qu’on appelle une double lecture avec consensus. En France, le premier lecteur prend en charge les dépistages positifs et n’envoie en deuxième lecture que les dépistages normaux. Les dépistages positifs du deuxième lecteur s’ajoutent ensuite aux positifs du premier lecteur.

Docteur Imago/ Quels sont les chiffres de la double lecture en France ?

Isabelle Doutriaux-Dumoulin / Nous avons un taux de cancer dépisté en deuxième lecture de 0,45 pour 1000, soit 6,1 % des cancers dépistés (chiffres 2013-2014 Santé publique France-InVS). Cette proportion de cancers détectés par la L2 varie selon les départements entre 2 % et 17 %. La deuxième lecture en France permet de détecter 1 100 cancers par an.

Docteur Imago/ Pourrait-on imaginer que le système de dépistage évolue dans les prochaines années ?

Isabelle Doutriaux-Dumoulin / Le dépistage du cancer du sein, généralisé à l’ensemble du territoire français en 2004, repose historiquement sur la radiologie libérale. L’idée était à l’époque que chaque femme puisse aller chez le radiologue le plus proche de son domicile. Aujourd’hui, l’évolution technologique, en particulier l’arrivée de la tomosynthèse, ainsi que la démographie médicale, imposent un regroupement des cabinets de radiologie. On peut donc se demander si ce mode de fonctionnement du dépistage est toujours pertinent… Je n’ai pas la réponse.

Auteurs

Carla Ferrand

Journaliste cheffe de rubrique

Voir la fiche de l’auteur

Bibliographie

  1. Posso, M., Puig, T. et coll., « Effectiveness and cost-effectiveness of double reading in digital mammography screening: A systematic review and meta-analysis », European Journal of Radiology, novembre 2017, vol. 96, p. 40-49. DOI : 10.1016/j.ejrad.2017.09.013.

Discussion

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Sur le même thème

Le fil Docteur Imago

21 Sep

7:48

Selon une étude retrospective canadienne, la cryoablation est une option de traitement sûre et efficace pour les patients atteints de tumeurs desmoïdes extra-abdominales. La technique présenterait un taux de succès clinique de 81 %, défini par l’absence de progression radiologique, l’absence de traitement non ablatif et l’amélioration des symptômes.
18 Sep

16:20

Le rapport entre graisse viscérale et graisse sous-cutanée (VSR), calculé automatiquement à partir de la TDM, pourrait constituer un marqueur d’imagerie simple qui améliore l’évaluation du risque au-delà des variables cliniques et facilite l’identification des patients atteints de sepsis à haut risque, selon une étude.  

14:00

Dans une étude, des chercheurs mettent en place une méthode non invasive et reproductible de personnalisation des prothèses mammaires à partir d’IRM et d’outils open source, permettant une mesure volumétrique précise. Elle relie les volumes mammaires aux tailles commerciales de prothèses tout en préservant la confidentialité et en évitant l’exposition physique postopératoire.

7:24

Des chercheurs de l’UNC ont développé SORDINO, une nouvelle technique d’IRM fonctionnelle qui réduit fortement le bruit et les interférences pendant les examens. Cette technique produit des images cérébrales  plus précises et pourrait faciliter les recherches en neurosciences ainsi que les avancées en IRM humaine, indique un communiqué.
Docteur Imago

GRATUIT
VOIR