Démographie médicale

La France est carencée en radiologues

Depuis quelques années, les instances représentatives des professionnels de l’imagerie utilisent régulièrement le terme de pénurie pour illustrer la situation actuelle de la démographie des radiologues. Aussi bien dans le secteur public que privé, les chiffres collectés à l’échelle nationale révèlent un contexte préoccupant.

Le 19/09/17 à 7:00, mise à jour aujourd'hui à 15:21 Lecture 3 min.

Aussi bien dans le secteur public que privé, le manque de radiologues dans certaines régions inquiète les représentants de la profession (photo d'illustration). Par Arria Belli (Travail personnel) [domaine public], via Wikimedia Commons

Y a-t-il une pénurie de radiologues ? Pour les professionnels de l’imagerie, la question ne se pose plus. Dans son Livre blanc de l’imagerie médicale en France [1], le conseil professionnel de la radiologie française (G4) évoque « un vrai problème de démographie de la spécialité ». Pourtant, selon les données collectées par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) [2], les effectifs et le nombre de radiologues par habitant augmentent ces dernières années. Mais cette progression est « un leurre », répond le G4, car elle ne compense pas la hausse croissante de la demande d’examens.

40 % de vacance statutaire à l’hôpital

Pire encore : d’après le rapport publié par la Cour des comptes en 2016 [3], la radiologie serait l’une des spécialités les plus touchées par le manque de praticiens. L’institution mentionne notamment des chiffres préoccupants dans le secteur hospitalier. Le taux de vacances statutaire des postes de praticiens à temps plein en imagerie médicale atteint les 40 %. Un chiffre « très largement supérieur à la moyenne toutes spécialités confondues (25,7 %). Très largement supérieur même à d’autres spécialités généralement considérées sous tension telles que la médecine d’urgence (22 %) et l’anesthésie réanimation (32,2 %). » « La radiologie publique vit des heures un peu difficiles, reconnaît Michel Claudon, qui dirige la conférence nationale des présidents de commission médicale d’établissement (CME) des CHU. Il y a d’énormes besoins, surtout lorsqu’on commence à s’éloigner des grandes villes et des grands centres universitaires. »

Une désaffection du secteur hospitalier ?

En plus des départs en retraite, le secteur hospitalier est victime d’une hémorragie de radiologues, due à un taux de démission très élevé. « Les sorties définitives du corps ont représenté, en 2014, toutes spécialités confondues, 3,5 % des effectifs en fonction, alors qu’elles atteignaient 5,1 % pour l’imagerie médicale, détaille la Cour des comptes. […] Surtout, le taux de démission que connaît l’imagerie médicale est de loin le plus élevé : il représente 39 % des causes de sorties définitives du corps, contre 14 % toutes spécialités confondues. » Les radiologues hospitaliers auraient tendance à se réorienter plus que les autres spécialistes vers une activité libérale. Une situation qui peut s’expliquer notamment « par des différences fortes dans les rémunérations et les contraintes de service » entre le public et le privé.

« Environ 120 cabinets libéraux ont fermé depuis sept ans »

Même s’il séduit davantage les radiologues, le secteur privé semble lui aussi carencé. Régulièrement, la presse régionale se fait l’écho de fermetures de cabinets de radiologie, à travers la France. Ces derniers mois, ce fut notamment le cas à Ouistreham, Calais, Issoire ou Tulle. À chaque fois, le même scénario se répète : le radiologue en place atteint l’âge de la retraite et finit par fermer définitivement son cabinet, faute d’avoir pu trouver un successeur. Le président de la FNMR, Jean-Philippe Masson, estime qu’il y a bien une pénurie. « Le nombre d’étudiants a beaucoup baissé et là il remonte très légèrement mais il ne suffira pas à compenser les départs en retraite de radiologues, assure-t-il. Il va y avoir dans les années qui viennent un effet « papy boom » et on ne sait pas comment on pourra compenser ces départs. Je ne connais pas un seul groupe de radiologues qui ne cherche pas un associé qu’il ne trouve pas. » Au regard des chiffres de la DREES, cette pénurie est très variable sur les territoires. Paris et les régions du Sud sont bien dotées en radiologues, tandis que les départements comme la Creuse ou la Haute-Marne peuvent être qualifiés de déserts radiologiques.

Les effectifs en baisse jusqu’en 2029

Selon la DREES, il faudra encore attendre une dizaine d’années pour peut-être observer une embellie. Dans son étude prévisionnelle sur l’évolution des effectifs médicaux [4], l’instance prévoit une baisse des effectifs de radiologues dans les prochaines années, pour arriver à son niveau le plus bas de 8 788 professionnels en 2029. Il remontera ensuite pour atteindre 9 671 médecins radiologues en 2040, soit une hausse d’un peu plus de 6 % par rapport au recensement actuel qui s’élève à 9 108.

Auteurs

Carla Ferrand

Journaliste cheffe de rubrique

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