Après une période de crise qui a vu une arrivée massive de patients dans les services d’urgence et une augmentation exponentielle des hospitalisations, la situation sanitaire autour du COVID-19 semble avoir atteint un plateau. Les derniers chiffres de Santé publique France au 9 avril dénombraient 30 767 patients hospitalisés, dont 7 066 en réanimation, et 12 210 décès au total, dont 8 044 à l’hôpital, soit 424 décès supplémentaires à l’hôpital en 24 heures. Sur les derniers jours, l’organisme constate « une tendance à la stabilisation des hospitalisations et des admissions en réanimation des patients COVID-19 ». Le 9 avril, le Directeur général de la santé, Jérôme Salomon, rapportait même une diminution du nombre de patients en réanimation (- 82 par rapport à la veille).
Du côté de l’imagerie, le constat est similaire : un équilibre semble atteint. Le réseau de veille sanitaire COVID Imagerie de la SFR a ainsi recensé 16 870 scanners COVID déclarés par 272 structures dans la semaine du 30 mars au 5 avril contre 16 502 pour 282 structures dans la semaine du 23 au 29 mars et 7 920 pour 258 structures du 16 au 22 mars.

Un ralentissement à Paris…

Ces données globales laissent entrevoir une accalmie sur le terrain. À l’hôpital Bichat – Assistance publique-Hôpitaux de Paris, le chef du service de radiologie Antoine Khalil observe une désescalade : « Depuis le vendredi 3 avril, le nombre de scanners aux urgences est en baisse continue. Le 8 avril, nous en avons fait une quarantaine alors qu’au plus gros de la crise, nous en faisions 90 ou 100 par jour. »

…et à Mulhouse

Déjà, la semaine dernière, une amorce de ralentissement de l’activité était signalée à l’hôpital Émile-Muller à Mulhouse, dans le Grand-Est : « Jusqu’à jeudi dernier (26 mars NDLR), c’était un ballet incessant d’hélicoptères pour transférer les patients, témoignait début avril la chef du service d’imagerie Céline Hemmert. Les urgences étaient pleines à craquer et les services saturés. Étonnamment, depuis vendredi 27 mars, nous constatons une diminution du nombre de passages de patients COVID aux urgences, mais nous restons sur nos gardes. »

La téléradiologie confirme le ralentissement

L’analyse des demandes d’examens que reçoivent les sociétés de téléradiologie confirme cette tendance à l’équilibre. « La part du scanner thoracique sur notre activité globale est d’environ 45 % aujourd’hui, sachant que nous étions montés à presque 60 % il y a une dizaine de jours avec la vague COVID dans le Grand-Est, indique la radiologue Madeleine Cavet, directrice médicale du groupe CTM. En revanche, la part du scanner thoracique parmi les urgences reste assez stable, autour de 60 %. » Dans ses établissements partenaires de la région Grand-Est, la CTM a comptabilisé un peu plus de 200 scanners réalisés aux urgences pour les suspicions de COVID-19 sur la semaine du 16 au 23 mars, puis un pic à près de 600 scanners sur la semaine du 24 au 30 mars et enfin une descente à un peu moins de 400 scanners sur la semaine du 31 mars au 5 avril.

Un plateau élevé

Spécialisée en téléradiologie d’urgence, la société IMADIS constate aussi une stabilisation de l’activité COVID : « En valeur relative, la filière COVID représente aujourd’hui environ 50 % de notre activité globale, indique son président, le radiologue Vivien Thomson. Du 13 au 27 mars, l’activité COVID a augmenté. Et depuis le 27 mars, nous sommes sur un relatif plateau, avec des petites variations, entre 48 % et 53 %. Mais pour le coup, ce plateau ne désemplit pas. Nous avons atteint une stabilité qui reste haute depuis environ deux semaines en Métropole. À Mayotte et à la Réunion, l’activité COVID est présente mais fluctuante, sans pouvoir dessiner une tendance franche. »

Le scanner TAP de plus en plus plébiscité

Outre les chiffres, c’est également la nature des examens qui évolue au fil du temps : « Sur les 10 derniers jours, nous observons une recrudescence d’examens plus complexes, remarque Madeleine Cavet. À un moment, nous ne faisions que des scanners thoraciques seuls. Désormais, nous avons de plus en plus de scanners thoracoabdominopelviens. Cela peut s’expliquer soit parce que des patients COVID+ hospitalisés s’aggravent sur d’autres pathologies extrathoraciques, soit parce que les médecins demandeurs se sont mis à chercher du COVID très largement et ont tendance à inclure le thorax surtout chez les personnes âgées qui viennent pour des explorations abdominales. »

Les scanners de suivi restent nombreux

Alors que les chiffres des scanners aux urgences tendent à se stabiliser, ceux des scanners de suivi restent très élevés : « Il y a plus de 300 malades COVID hospitalisés à Bichat, rappelle Antoine Khalil. Parfois, leur état s’aggrave donc il faut leur refaire des scanners. Pour les malades COVID+ nous faisons toujours nos 90–100 examens par jour. » Ces patients font beaucoup plus d’embolies pulmonaires que les autres, explique le chef de service : « Environ 30 % des malades COVID font une embolie pulmonaire. Ce sont des malades alités qui ont un syndrome inflammatoire important. Tout cela favorise la coagulopathie. Nous devons donc travailler un peu plus sur la prévention. »

Carla FERRAND