IRM

Tous les agents de contraste à base de gadolinium ne restent pas dans le cerveau

Selon deux études récentes, l’intensité du signal en T1 est plus importante lors d’un examen d’IRM du cerveau chez les patients qui ont reçu de nombreuses injections antérieures d’acide gadoxétique, mais pas chez ceux qui ont reçu des agents macrocycliques.

Le 20/02/17 à 8:00, mise à jour aujourd'hui à 15:21 Lecture 2 min.

Images d’IRM axiales T1 en 2D écho de spin montrant différents niveaux d’intensité du signal dans le noyau dentelé selon le nombre d’injections d’acide gadoxétique reçues antérieurement par le patient. A : groupe de contrôle. B : patients ayant reçu une à quatre injections. C : 5 à 10 injections. D : plus de 10 injections. © Kahn Johannes et coll.

Depuis que plusieurs études [1] [2] ont montré qu’une partie du gadolinium utilisée en IRM pourrait se déposer dans les tissus cérébraux après des expositions répétées, le débat anime la communauté de l’imagerie médicale. Tous les produits de contraste produisent-ils les mêmes effets ? Quels sont les dangers d’une telle rétention à long terme ? Les travaux de recherche se multiplient. Récemment, une équipe allemande a réalisé une étude transversale [3] sur un groupe de patients sélectionnés. 91 avaient déjà reçu 1 à 37 doses d’acide gadoxétique, utilisé pour l’IRM du foie, et 52 témoins n’avaient jamais reçu d’agents de contraste à base de gadolinium (GBCA). Tous ont passé une IRM standard du cerveau. Les résultats, publiés dans la revue Radiology, montrent une corrélation significative entre le nombre d’administrations du produit et l’augmentation de l’intensité du signal sur une image pondérée en T1 dans le noyau dentelé et le pallidum dorsal. Une augmentation « probablement due à la rétention de gadolinium », avancent les chercheurs.

Des agents de contraste linéaire

Dans un autre article également publié dans Radiology [4], d’autres chercheurs allemands indiquent n’avoir détecté aucune augmentation significative du signal T1 du noyau dentelé chez les patients qui ont reçu environ 23 injections de GBCA macrocyclique. Ces résultats confirment les recherches d’une équipe japonaise, elles aussi détaillées dans Radiology, en juin 2015 [5]. Elles concluent que l’hypersignal dans le noyau dentelé sur les images pondérées en T1 est associé à l’administration précédente de GBCA linéaires, tandis que l’administration de GBCA macrocycliques n’a aucun lien avec l’augmentation de l’intensité du signal.

L’EMA mène l’enquête

Si aucun effet néfaste n’a pour l’heure été démontré, la possibilité d’une accumulation de gadolinium dans le cerveau inquiète les institutions. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a ainsi mobilisé son Comité d’évaluation des risques en pharmacovigilance de l’EMA. Après examen de la littérature scientifique, ce dernier a indiqué en janvier qu’il conduira un examen approfondi du risque de dépôts dans le cerveau et de la sécurité globale de ces produits.

Le Canada reste prudent

Dans un communiqué du 6 janvier 2017, le ministère fédéral de santé du Canada conseille aux professionnels de santé de limiter le recours au ACGB, d’utiliser la plus faible dose efficace et d’évaluer le rapport bénéfice/risque pour chaque patient. Il avise dans un communiqué que « selon les éléments scientifiques probants connus, l’administration d’agents linéaires entraînerait une accumulation plus élevée de gadolinium dans le cerveau que l’administration d’agents macrocycliques, mais que des accumulations ont été observées après l’administration des deux types de produits ».

Auteurs

Virginie Facquet

Bibliographie

  1. McDonald Robert J. et coll, « Intracranial Gadolinium Deposition after Contrast-enhanced MR Imaging », Radiology, 2015, vol. 275, n° 3, p. 772-782. DOI: http://dx.doi.org/10.1148/radiol.15150025
  2. Kanda Tomonori et coll., « High Signal Intensity in the Dentate Nucleus and Globus Pallidus on Unenhanced T1-weighted MR Images : Relationship with Increasing Cumulative Dose of a Gadolinium-based Contrast Material », Radiology, 2014, vol. 270, n° 3, p. 834-841. DOI : http://dx.doi.org/10.1148/radiol.13131669
  3. Kahn Johannes et coll., « Is There Long-term Signal Intensity Increase in the Central Nervous System on T1-weighted Images after MR Imaging with the Hepatospecific Contrast Agent Gadoxetic Acid? A Cross-sectional Study in 91 Patients », Radiology, 11 janvier 2017, epub. DOI : 10.1148/radiol.2016162535
  4. Alexander Radbruch Alexander et coll., « No Signal Intensity Increase in the Dentate Nucleus on Unenhanced T1-weighted MR Images after More than 20 Serial Injections of Macrocyclic Gadolinium-based Contrast Agents », Radiology, 7 décembre 2016, epub. DOI : 10.1148/radiol.2016162241
  5. Kanda Tomonori et coll., « High Signal Intensity in Dentate Nucleus on Unenhanced T1-weighted MR Images : Association with Linear versus Macrocyclic Gadolinium Chelate Administration », Radiology, juin 2015, vol. 275, n° 3, p. 803-9. DOI : 10.1148/radiol.14140364.

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