Congrès de la RSNA

Pourquoi les astronautes voient trouble après une longue mission

Des chercheurs américains ont découvert que les problèmes de vue qui frappent certains astronautes revenus d'un long séjour dans l’espace pourraient être provoqués par une augmentation du volume de liquide cérébrospinal dans leur cerveau.

Le 06/02/17 à 16:00, mise à jour aujourd'hui à 15:20 Lecture 2 min.

80% des astronautes partis pour de longues missions sont frappés par un syndrome de déficience visuelle par pression intracrânienne. Les dommages peuvent être permanents. CC0 domaine public pixabay.com

En 2005, quand John Philips est rentré d’une mission de six mois sur la station spatiale internationale, il s’est aperçu que sa vue s’était dégradée. Il était devenu myope. Les médecins ont remarqué que l’arrière de ses globes oculaires s’était aplati, poussant sa rétine vers l’avant, et que ses nerfs optiques étaient enflammés, rapporte un article du Washington Post. Selon une étude présentée au dernier Congrès de la Société nord-américaine de radiologie (RSNA) [1], ce syndrome de déficience visuelle par pression intracrânienne (VIPP) serait corrélé à un accroissement du volume du liquide cérébrospinal (LCS) dans le cerveau, lui-même provoqué par la microgravité.

Des IRM avant le départ et au retour

Noam Alperin et ses confrères universitaires de la Miller School of Medicine, à Miami, en Floride, ont fait passer des IRM des orbites et du cerveau à 16 astronautes avant et après un voyage dans l’espace. 7 d’entre eux étaient en mission de longue durée sur l’ISS. Les 9 autres étaient en mission de courte durée, à bord d’une navette spatiale.

Le volume de liquide cérébrospinal augmente plus chez les astronautes partis longtemps

Ils ont constaté que l’aplatissement des globes oculaires et la protrusion des nerfs optiques étaient plus importants chez les voyageurs au long cours. Chez les mêmes sujets, le volume de LCS avait « significativement » plus augmenté que chez les autres au niveau des orbites et dans les cavités du cerveau où il est produit. Les intensités des deux phénomènes étaient corrélées. En revanche, les volumes des substances blanche et grise n’avaient pas bougé. « Le liquide cérébrospinal joue donc un rôle direct dans les changements oculaires qui surviennent lors des missions spatiales », en conclut l’étude.

L’apesanteur perturbe la régulation du LCS

L’évolution du volume de LCS serait provoquée par l’état d’apesanteur dans lequel évoluent les occupants de l’ISS. « Sur terre, le système du liquide cérébrospinal s’adapte automatiquement en fonction de la pression hydrostatique. Mais, en l’absence de gravité, il est perturbé », explique Noam Alperin, qui considère qu’il est indispensable d’identifier rapidement les premiers signes du VIPP, pour éviter des « dommages irréversibles » chez les astronautes. Un problème parmi tant d’autres que les agences spatiales devront régler avant d’envoyer des hommes sur mars.

Auteurs

Jérome Hoff

Rédacteur en chef adjoint BOM Presse Clichy

Voir la fiche de l’auteur

Bibliographie

  1. Alperin, N., Bagci, A., Lee, S., Lam, B., « Role of Cerebrospinal Fluid in Spaceflight-Induced Visual Impairment and Ocular Changes », Radiological Society of North America 2016 Scientific Assembly and Annual Meeting, 27 novembre – 2 décember 2016, Chicago IL. archive.rsna.org/2016/16011475.html. Site consulté le 3 février 2017.

Discussion

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Sur le même thème

Le fil Docteur Imago

13 Avr

16:39

Un modèle basé sur l'apprentissage profond capable de prédire l'étendue du noyau ischémique dans les cas de reperfusion réussie et la région combinée de noyau et de pénombre ischémique après l'échec d'une reperfusion a surpassé les méthodes cliniques actuelles basées sur le scanner de perfusion. Étude.

14:38

Chez des patients avec des anévrismes ophtalmiques à collet large non rompus de moins de 10 mm, l'embolisation par flow diverter n'a pas donné de meilleurs résultats que le coiling avec ou sans placement de stent, concluent les auteurs d'un essai randomisé.

7:27

Une étude pilote démontre la performance « favorable » de la TEP au [18F]DASA-23, qui se lie à la pyruvate kinase M2, pour le diagnostic des gliomes de haut grade. « Son absorption après le début de la thérapie pourrait être un marqueur utile pour évaluer l'efficacité du traitement et le pronostic des patients », écrivent les auteurs.
10 Avr

15:32

Un modèle d’IA à apprentissage profond montre un potentiel en tant qu’outil de dépistage opportuniste de la santé osseuse chez les enfants, selon une étude publiée dans Radiology.
Docteur Imago

GRATUIT
VOIR