COVID-19

Un consensus international sur l’imagerie thoracique pendant la pandémie

La Fleischner Society a rédigé une déclaration sur la prise en charge en imagerie thoracique des patients dans les filières COVID-19. Elle propose une liste de recommandations variables en fonction des situations régionales et des ressources disponibles.

Le 15/04/20 à 16:30, mise à jour aujourd'hui à 15:14 Lecture 4 min.

Des experts qui exercent dans 10 pays touchés par l’épidémie, dont la France, ont élaboré trois scénarios de prise en charge d’un patient adulte qui se présente avec une suspicion d’atteinte par le COVID-19 en fonction de son diagnostic clinique et de ses facteurs de risques, mais aussi de l’extension régionale de l’épidémie et des ressources humaines et matérielles disponibles. © Chung M., Bernheim A., Mei X. et coll.

Ils souhaitent « offrir des conseils aux médecins sur l’utilisation de l’imagerie thoracique dans un large éventail d’environnements sanitaires ». Un panel de radiologues, pneumologues et d’autres spécialistes de la Fleischner Society, société internationale d’imagerie thoracique, a rédigé une déclaration sur l’usage de la radiographie et du scanner dans la prise en charge des patients atteints de COVID-19 ou suspectés de l’être. Elle est parue le 7 avril dans Radiology [1].

3 scénarios de prise en charge

Ces experts, qui exercent dans 10 pays touchés par l’épidémie, dont la France, ont élaboré trois scénarios de prise en charge d’un patient adulte qui se présente avec une suspicion d’atteinte par le COVID-19 en fonction de son diagnostic clinique et de ses facteurs de risques, mais aussi de l’extension régionale de l’épidémie et des ressources humaines et matérielles disponibles. « Il faut comprendre que les conditions à travers le monde varient grandement. Notre objectif était de proposer des orientations qui tiennent compte de ces différences et qui soient applicables à grande échelle », justifient dans un communiqué Geoffrey D. Rubin, professeur de recherche cardiovasculaire, et George B. Geller, professeur de radiologie et de bio-ingénierie à la faculté de médecine de l’université Duke à Durham, en Caroline du Nord.

14 questions clés

Ces scénarios sont bâtis autour de 14 questions clés, que les professionnels de l’imagerie peuvent être amenés à se poser à divers moments de la prise en charge : « L’imagerie est-elle indiquée chez des patients qui présentent des symptômes cliniques légers évoquant le COVID-19 mais dont le test RT-PCR est négatif ? », « Dans un contexte de ressources contraintes, l’imagerie est-elle indiquée chez un patient hospitalisé et diagnostiqué positif au COVID-19 dont l’état se dégrade ? » Le panel a répondu à chacune de ces questions sur une échelle de 1 à 5, ce qui lui a permis d’élaborer des recommandations.

© Fleischner Society / RSNA

Les 27 membres du panel ont élaboré 14 questions clés qui ont été utilisées pour créer les scénarios et les recommandations liés à l'utilisation de l'imagerie thoracique chez les patients présentant des caractéristiques de COVID-19. La proportion des votes des membres du panel pour chaque question est présentée sur une échelle de 5 points, ainsi qu'une colonne récapitulative qui indique le pourcentage total de ceux qui ont voté pour ou contre l'imagerie pour chaque question clé, à l'exclusion des membres qui étaient neutres ou qui se sont abstenus (1 membre du panel s'est abstenu pour les questions 1 et 2). © Fleischner Society / RSNA

Quand les tests sont indisponibles

Les experts estiment notamment que, lorsque les résultats des tests RT-PCR pour le COVID-19 sont indisponibles, les patients avec une probabilité modérée ou haute d’être contaminés (qui vivent par exemple dans une zone épidémique) devraient être pris en charge comme des patients dont le test sera positif, tandis que les patients qui présentent une probabilité de contamination faible devraient être considérés comme négatifs. La Fleischner Society déconseille l’imagerie chez les patients atteints de manifestations légères et positifs au COVID-19 sans facteurs de risques de progression de la maladie ou chez les patients qui présentent des symptômes légers mais sont négatifs.

L’imagerie chez les patients dont l’état s’aggrave

Par ailleurs, quels que soient les résultats du dépistage et les facteurs de risques, l’imagerie est conseillée chez les patients atteints de symptômes cliniques légers lors de leur arrivée et dont l’état se dégrade. En l’absence d’aggravation clinique, la prise en charge implique le soutien et l’isolement des patients dont le test COVID-19 est positif ou des patients dont la probabilité de contamination est modérée ou élevée sans que les résultats du test COVID-19 soient disponibles.

La radiographie a son rôle à jouer

Contrairement à certaines sociétés nationales, la Fleischner Society n’exclut pas l’utilisation de la radiographie thoracique. Quoiqu’inutile aux stades précoces de l’infection, elle peut en effet jouer un rôle dans un contexte de prise en charge tardive des patients. « À New York, où les patients ont été invités à rester chez eux jusqu’à développer des symptômes avancés, la radiographie montrait souvent des anomalies au moment de leur arrivée aux urgences », écrivent ses membres. Le caractère portable des appareils peut aussi jouer en faveur de la radiographie, en éliminant les risques de contamination associés au transport des malades vers les équipements de scanner, ajoutent-ils. Chez les patients hospitalisés, la radiographie peut aussi être utile pour évaluer la progression de la maladie et établir des diagnostics alternatifs, tels que la pneumonie lobaire, qui peut suggérer une surinfection bactérienne, le pneumothorax et l’épanchement pleural.

Pas de radio quotidienne en soins intensifs

En revanche, les radiographies thoraciques quotidiennes ne sont pas indiquées chez les patients atteints de COVID-19 et intubés dans un état stable. « De nombreuses études n’ont montré aucune différence au niveau du pronostic entre les patients traités en soins intensifs et imagés à la demande et les patients qui recevaient une imagerie quotidienne de routine. Éviter l’imagerie sans valeur ajoutée est particulièrement important au sein de la population COVID-19 pour minimiser le risque d’exposition des manipulateurs et conserver les équipements de protection », concluent les auteurs de l’article.

Auteurs

Jérome Hoff

Rédacteur en chef adjoint BOM Presse Clichy

Voir la fiche de l’auteur

Bibliographie

  1. Rubin G. D., Ryerson C. J., Haramati L. B. et coll., « The Rôle of Chest Imaging in Patient Management during the COVID-19 Pandemic: A Multinational Consensus Statement from the Fleischner Society », Radiology, 7 avril 2020, publication en ligne. DOI : 10.1148/radiol.2020201365.

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