L’intelligence artificielle (IA) s’installe dans le quotidien des professionnels de l’imagerie, et modifie leur pratique de manière substantielle. Dans le cadre d’une enquête en ligne réalisée par Docteur Imago et Tech Imago entre avril et août 2024 (lire encadré), 144 d’entre eux – radiologues, manipulateurs radio, cadres de santé – ont partagé leur expérience, leur avis et leurs réflexions sur l’utilisation de l’IA dans leur métier. Les résultats mettent en lumière l’ampleur de son adoption : 66 % des répondants utilisent déjà l’IA dans leur travail.

Données principales issues de l'enquête sur l'utilisation de l'intelligence artificielle dans la pratique quotidienne des radiologues menée par Docteur Imago et Tech Imago entre le 23 avril 2024 et le 22 août 2024. Les réponses majoritaires sont indiquées dans cette infographie© Docteur Imago avec Xavier Chambon. Illustration générée par IA Adobe Firefly
81 % d’utilisation chez les radiologues
Cette proportion de deux tiers des répondants souligne une pénétration croissante de cette technologie. C’est encore plus important chez les radiologues, dont 60 sur 74, soit 81 % des répondants, déclarent l’utiliser. Chez les manipulateurs radio et les cadres de santé participants, l’utilisation reste plus modérée avec 32 sur 59 utilisateurs, soit 54 % qui déclarent employer des outils d’IA. La proportion d’utilisateurs est quasiment identique dans les différents secteurs d’activité : elle approche les deux tiers pour les professionnels hospitaliers (44 utilisateurs sur 65), les professionnels libéraux (36 utilisateurs sur 54) et les professionnels mixtes (10 utilisateurs sur 15). Lorsqu’on se penche sur la fréquence d’utilisation des outils d’IA, 77 % des utilisateurs déclarent l’utiliser plusieurs fois par jour. Parmi eux, 62 % l’utilisent uniquement sur certains examens, quand 15 % l’utilisent sur tous les examens. 23 % des répondants déclarent l’utiliser quelques fois par semaine ou plus rarement.
L’aide au diagnostic est citée par 81 % des utilisateurs de l’IA.
Quelles sont les applications de l’intelligence artificielle ? L’aide au diagnostic est citée par 81 % des utilisateurs de l’IA (ils peuvent donner plusieurs réponses) et reste de loin l’usage le plus courant. « L’IA est un bon support pour détecter des anomalies difficiles à voir », explique ainsi un radiologue libéral utilisateur, tandis qu’un de ses confrères explique que « l’IA permet d’améliorer le diagnostic en détectant des anomalies subtiles ».
Viennent ensuite l’amélioration de la qualité de l’image, citée par 47 % des utilisateurs, le contourage, (21 %) et l’aide au compte rendu (11 %). Les applications les moins citées sont le positionnement et le centrage du patient, la fusion d’images, le dialogue avec le patient. L’organisation du flux de travail, avec notamment le tri des patients, reste citée chez 8 % des utilisateurs. Les surspécialités les plus citées par les utilisateurs de l’IA (qui peuvent donner plusieurs réponses) sont l’ostéoarticulaire (50 %), l’imagerie thoracique (44 %), les urgences (39 %), l’imagerie du sein (36 %) et la neuroradiologie (13 %).
7,35 sur 10 pour la satisfaction
Nous avons demandé aux utilisateurs de l’intelligence artificielle d’évaluer leurs applications sur une échelle de 0 à 10, 0 étant pas du tout satisfait, 10 tout à fait satisfait. La moyenne de satisfaction générale s’établit à 7,35 [7,05-7,65] sur 10, la médiane à 8 sur 10. De la même manière, les utilisateurs estiment que les applications offrent un gain sur le service médical rendu avec une moyenne de 7,23 sur 10 [6,83-7,63], et une médiane de 8 sur 10. 5 utilisateurs considèrent tout de même que le gain est nul de ce côté, quand 17 donnent la note maximale. Dans les commentaires nous retrouvons l’intérêt de la qualité et de la reproductibilité des examens : « L’IA permet d’uniformiser les résultats et de rendre les examens plus fiables », « [elle] garantit une meilleure reproductibilité des examens, notamment en oncologie. »
Côté gain de temps, le résultat est un peu moins élevé, même s’il suit la même tendance. Les utilisateurs estiment que les applications leur font gagner du temps avec une moyenne de 6,83 sur 10 [6,43-7,23] et une médiane de 7 sur 10. 4 utilisateurs considèrent que le gain est nul et 14 donnent la note maximale. « L’IA nous permet de gagner du temps sur certaines tâches répétitives comme la segmentation », témoigne un radiologue hospitalier. À l’inverse, un confrère parle d’un « gain de temps discutable du fait de faux positifs à vérifier ».
Un coût difficile à chiffrer
Qu’en est-il du coût de ces applications ? « Aucune idée », « Difficile à chiffrer », « Je ne sais pas ». L’enquête montre une grande variété de réponses, avec une tendance marquée vers l’incertitude ou l’absence de réponse précise. Pour les utilisateurs qui proposent des estimations, les réponses s’expriment en coût par mois, par an ou par examen. Certains parlent de quelques euros par acte, tandis que d’autres évoquent des dépenses de « plusieurs milliers d’euros » par mois. Plusieurs témoignages font état d’un coût particulièrement élevé : « Le coût des logiciels reste un obstacle à son adoption dans notre hôpital » ou « les outils d’IA sont trop coûteux pour nos structures, ce qui limite leur adoption ». 72 % des utilisateurs expliquent que les applications sont financées par leur établissement ou leur employeur. Dans 20 % des cas, c’est le radiologue lui-même qui a financé l’application et il s’agit toujours – on s’en doutait un peu – de médecins libéraux. Quelques rares cas évoquent un financement sous forme d’essai gratuit, de recherche ou de développement.
Les raisons des non-utilisateurs
Un tiers des répondants n’utilisent pas l’intelligence artificielle dans leur pratique quotidienne. Parmi ceux-ci, 55 % déclarent déjà avoir eu l’occasion de tester certaines applications. Ces non-utilisateurs invoquent une grande diversité de raisons, mais certaines reviennent plus fréquemment. Il s’agit notamment des problèmes d’accès ou de disponibilité, parfois d’occasions d’utilisation non rencontrées : « Pas de budget », « Pas installé dans mon service ». D’autres expriment une absence de besoin : « L’IA n’a pas été retenue par la communauté médicale de l’établissement », explique un répondant. Enfin, la technologie est parfois mise en cause : « Mal adapté et trop longue d’utilisation » ou encore : « Je n’ai pas encore vu d’application concrète dans mon domaine qui justifie son adoption. »
Un avenir confiant
« C’est l’avenir, quoi qu’on en pense », « Sans hésitation ». Malgré plusieurs freins évoqués, l’intégration de l’intelligence artificielle dans le quotidien des professionnels de santé en imagerie médicale apparaît inéluctable. D’abord pour ses utilisateurs actuels, qui sont quasi unanimes : 94 % d’entre eux déclarent qu’ils l’utiliseront davantage à l’avenir. Ceux qui ne l’utilisent pas encore sont 61 % à penser qu’ils l’utiliseront à l’avenir. Ce futur plutôt radieux pour l’IA est assorti de plusieurs suggestions et remarques. Certains estiment nécessaire « une intégration profonde de l’IA dans le workflow et la rédaction du compte rendu pour gain de temps ». D’autres rappellent que l’IA « peut aider le diagnostic mais ne doit pas remplacer l’œil et l’avis du radiologue ». Elle doit rester « un outil ». « Il ne faut pas qu’il prenne une place prépondérante dans nos pratiques. Les compétences de l’être humain ne doivent pas être compromises à l’avenir. »
Méthodologie et population
L’enquête sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la pratique quotidienne des radiologues a été menée sur une période allant du 23 avril 2024 au 22 août 2024. Les données ont été collectées à l’aide d’un formulaire Google, diffusé principalement par les canaux suivants : e-mails envoyés aux professionnels du secteur par nos newsletters, réseaux sociaux, sites internet docteurimago.fr et tech-imago.fr, ainsi que l’envoi de l’information par la FNMR, le CERF et l’UNIR auprès de leurs adhérents respectifs.
L’enquête a recueilli un total de 144 réponses. Les profils des répondants à l’enquête sont : radiologues (75 participants), manipulateurs radio (46 participants), cadres de santé (14 participants) et autres professions (9 participants, 1 par profession). Certaines réponses ont été regroupées pour une meilleure lisibilité.
Le secteur d’activité des répondants à l’enquête est réparti comme suit : hospitalier (65 participants), libéral (55 participants), mixte (15 participants) et autres (7 participants).

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