Avenir de la profession

« Les radiologues qui ne s’adaptent pas à l’intelligence artificielle auront des difficultés »

Un colloque organisé par le pôle de compétitivité Medicen sur l'impact de l'intelligence artificielle dans le domaine de l'imagerie médicale a réuni une centaine de participants à l'Institut Curie de Paris le 20 juin. Cette rencontre fut l'occasion de faire le point sur les évolutions en cours, les axes d'amélioration et les perspectives d'avenir.

Le 24/08/17 à 11:00, mise à jour hier à 15:20 Lecture 3 min.

L’intelligence artificielle (IA) n’en finit pas de faire parler d’elle, y compris dans le domaine de l’imagerie médicale. Le 20 juin dernier, le pôle de compétitivité Medicen organisait un colloque dédié à l’avènement de cette nouvelle technologie.

Deux avantages majeurs

« L’IA existe depuis pas mal de temps au niveau académique et le passage en clinique s’est fait récemment », explique Alexandre Da Costa, qui coordonne la commission du domaine d’activité stratégique « Imagerie diagnostique et interventionnelle » de Medicen. Grâce au développement des algorithmes, l’IA présente selon lui deux avantages majeurs. D’une part, elle permettra « une meilleure prise en charge des patients ». D’autre part, elle « facilitera la vie des cliniciens ». Mais avant cela, elle doit faire ses preuves. « Il faut une validation clinique pour démontrer qu’il y a une amélioration du service rendu et que l’algorithme apporte un bénéfice dans la prise en charge du patient », indique Alexandre Da Costa.

Une évolution logique de l’imagerie ?

Depuis quelques années, les industriels de l’imagerie commencent à s’intéresser à l’intelligence artificielle. « Ils ont compris que ça allait dans le sens de l’histoire », analyse Alexandre Da Costa. Cependant, les médecins se montrent un peu plus partagés. « Dans toutes les disciplines, il y a des leaders d’opinion, des gens qui sont sensibles à l’innovation, poursuit l’intervenant. Chez les radiologues, les leaders d’opinion propagent les usages et les évolutions nécessaires. »

Le radiologue ne disparaîtra pas

Sur le thème de l’intelligence artificielle, la question qui reste en suspens concerne l’évolution du rôle du radiologue. Le sujet interpelle de nombreux professionnels. « On entend beaucoup de choses extrêmes. Certains disent que le radiologue pourrait disparaître, mais c’est de l’ordre du fantasme, affirme Alexandre Da Costa. En revanche, ce qui est clair, c’est que les radiologues qui ne s’adaptent pas aux évolutions auront des difficultés, prévient-il. Les leaders d’opinion vont démontrer que l’IA permet de gagner du temps, de mieux classer des sous-populations de patients, de détecter plus précocement des maladies. »

« Les professionnels doivent comprendre comment fonctionne l’IA »

Selon Alexandre Da Costa, les radiologues présents au colloque avaient globalement une vision positive de l’IA. « Ils sont conscients que leur rôle doit évoluer mais il faut leur donner les moyens de le faire. Il faut notamment faire en sorte que des algorithmes soient validés en clinique. » Et malgré les adaptations nécessaires liées à l’IA, le radiologue restera toujours la tête pensante en imagerie médicale. « Il restera superviseur et décisionnaire. Il pourra toujours revenir sur l’algorithme, assure Alexandre Da Costa. Les professionnels de l’imagerie doivent comprendre comment fonctionne l’IA pour avoir la main sur ces outils. Cela nécessite d’intégrer ces notions dans la formation médicale. »

Des données médicales encore difficilement accessibles

Le colloque a également abordé la question éthique de l’accès aux données. À ce sujet, Alexandre Da Costa regrette une trop grande frilosité. « En France, il y a des PACS régionaux et des collecteurs de données mutualisées comme ce qui est en train de se mettre en place à l’AP-HP. Cela commence à se structurer, mais, d’un point de vue réglementaire, l’accès aux données est très compliqué. » Concernant l’accès aux données pour les start-up et les grands groupes industriels, il constate « un décalage énorme » entre ce qui se fait en France et à l’étranger, comme en Amérique du Nord ou en Chine. « Bien sûr, il faut de la régulation, concède-t-il, mais on ne facilite pas la vie des industriels, et donc des cliniciens. Si l’industriel ne développe pas l’algorithme, le clinicien ne peut pas le valider et l’utiliser pour ses patients. »

Auteurs

Carla Ferrand

Journaliste cheffe de rubrique

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Discussion

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  1. Olivier Hericordon s'est déjà adapté à la connerie naturelle des autorités de santé ... ca devrait pas poser de problème
    Il y a 9 ans

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