Docteur Imago / Comment s’organise la prise en charge des patients COVID au CHU de Strasbourg ?

Mickaël Ohana / Sur le site du Nouvel Hôpital civil (NHC), nous avons un scanner dédié aux patients COVID du SAU. Ces derniers sont amenés par les pompiers ou le SAMU car ils présentent généralement des signes de gravité. Les urgentistes ont un protocole bien établi : l’infirmière d’accueil trie les patients, puis ceux qui entrent dans la filière COVID ont un frottis nasal et passent un scanner sans injection d’emblée. Ensuite, ils sont installés en box pour être examinés par l’urgentiste qui a immédiatement à disposition les résultats du scanner.

D. I. / Quelle proportion représente le COVID-19 dans la totalité des examens ?

M. O. / Dans notre filière COVID aux urgences, environ 70 % des scanners sont COVID positifs. 15 % sont normaux et 15 % montrent d’autres pathologies, comme un œdème aigu pulmonaire, une bronchiolite, un pneumothorax, etc. Nous disposons également de deux autres scanners pour honorer nos rendez-vous. Comme nous avons déprogrammé toute l’activité non urgente, il nous reste une dizaine de rendez-vous par jour, essentiellement pour les patients oncologiques. Sur ces deux machines, nous passons également toutes les urgences des services, COVID et non COVID.

D. I. Comment évolue l’activité en imagerie dans la filière COVID ?

M. O. / Nous avons eu la plus grosse journée le samedi 28 mars. Ce jour-là, nous avons fait plus de 80 scanners, sachant que les jours d’avant et d’après, nous étions plutôt aux alentours de 60–70 examens quotidiens.

« Le 28 mars, nous avons fait plus de 80 scanners COVID. »

Mais si l’on fait abstraction de cette grosse journée, nous avons plutôt l’impression que l’activité se stabilise. La filière évolue aussi : maintenant, nous prenons en charge les cas plus graves.

D. I. / Quel processus vous a conduits à utiliser le scanner pour orienter les patients ?

M. O. / Au NHC, depuis 6 mois, nous ne faisons plus de radiographies thoraciques aux urgences ; nous les avons remplacées par le scanner ultra basse dose. Les urgentistes en sont très contents et ils y ont pris goût car pour les suspicions d’œdèmes aigus (OAP) ou de pneumopathies, le scanner est nettement plus efficace que la radio. Quand l’épidémie de COVID-19 est arrivée, notre organisation s’est faite dans le prolongement de ce que nous faisions déjà avant. Dans la littérature, le scanner montre de très bonnes performances et nos confrères, en Italie, l’utilisent eux aussi pour le triage.

D. I. / Comment évolue la compréhension du COVID-19 en imagerie ?

M. O. / À mon sens, le diagnostic est de plus en plus facile en période épidémique car le scanner est fréquemment binaire.

« Il semblerait que l’on puisse dater l’infection de façon grossière sur le scanner. »

Toutefois, nous rencontrons quelques difficultés quand les patients présentent un œdème aigu pulmonaire. Ce que nous remarquons, en outre, c’est qu’il existe une vraie cinétique de l’évolution des lésions ; il semblerait que l’on puisse « dater » l’infection de façon grossière sur la base du scanner.

D. I. / De nombreux sites hospitaliers rapportent une forte baisse de l’activité d’urgences hors COVID. Est-ce aussi le cas à Strasbourg ?

M. O. / Le CHU de Strasbourg possède deux sites : le NHC et Hautepierre. Historiquement, au NHC, nous faisons de la chirurgie cardiaque et vasculaire pour la prise en charge des dissections, les ruptures d’anévrismes, les pontages bouchés, etc. C’est vrai que nous en voyons beaucoup moins actuellement. C’est difficile à expliquer.

©CHU Strasbourg
L’équipe du service de radiologie du NHC de Strasbourg. ©CHU Strasbourg

D. I. / Comment s’organise la coopération avec les structures privées locales ?

M. O. / Nos collègues du privé qui font des vacations à l’hôpital nous disent qu’ils voient plus d’urgences dans leurs structures qu’habituellement. Les patients ont probablement un peu peur de venir au NHC, qui est identifié COVID depuis le début. Il est donc probable qu’ils soient réorientés vers les établissements privés. Je sais que la plus grosse clinique de Strasbourg, la clinique Rhéna, accueille beaucoup de patients COVID. Leur circuit est proche du nôtre et ils font une quarantaine de scanners par jour. Ils participent énormément à l’accueil des urgences COVID.

D. I. / En tant que radiologue spécialisé en imagerie thoracique, comment aidez-vous à former et informer la communauté radiologique sur le COVID-19 ?

M. O. / La Société française de radiologie (SFR) a ouvert une page web consacrée au COVID-19 avec des cas cliniques, des guidelines, des avis d’experts, etc. Une adresse mail créée pour l’occasion collecte les nombreuses questions de nos confrères sur le COVID-19.

« Les données scientifiques arrivent beaucoup plus vite par les réseaux sociaux. »

Avec la Société d’imagerie thoracique (SIT), nous avons donc organisé un roulement pour que chacun réponde à tour de rôle. Les réponses sont ensuite colligées sur le site de la SFR. Il y a aussi un e‑learning coordonné par Antoine Khalil et dont tous les cours sont mis gratuitement à disposition de la communauté.

D. I. / Vous êtes également très actif sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter où vous partagez régulièrement des informations…

M.O. / J’apprends énormément grâce aux réseaux sociaux, mais ils peuvent aussi être anxiogènes car on y voit de tout. Si l’on parvient à faire le tri et à être critique, on trouve énormément de discussions passionnantes et d’informations pertinentes. Les données scientifiques arrivent beaucoup plus vite que par les canaux habituels. En cette période où les choses évoluent rapidement, je trouve que c’est un support bien adapté.

Carla FERRAND