Écologie et santé

L’eau du robinet européenne est la plus contaminée au gadolinium dans le monde

Une étude française menée sur 73 échantillons prélevés dans 60 villes du monde met en évidence la présence de gadolinium dans l’eau du robinet. L’Europe est particulièrement touchée par cette contamination.

Le 06/01/26 à 15:00, mise à jour le 06/01/26 à 15:18 Lecture 2 min.

Dans leur analyse des eaux du robinet, les chercheurs constatent que le degré de contamination au gadolinium varie considérablement d'une ville à l'autre, et qu'il est plus élevé en Europe que dans le reste du monde. D. R.

Depuis plusieurs années, les chercheurs s’intéressent aux conséquences sanitaires et environnementales des rejets de gadolinium dans l’eau. Une nouvelle étude, publiée dans la revue Chemosphere, vient enrichir la littérature sur cette problématique [1].

60 grandes villes testées

Menés par l’université de Brest (29), ces travaux ont évalué le degré de contamination au gadolinium de l’eau potable à travers le monde. Les auteurs ont prélevé 73 échantillons d’eau du robinet entre mai et septembre 2025 dans 60 grandes villes et mégapoles : 32 en Europe, 12 en Asie, 7 en Amérique du Nord, 2 en Amérique du Sud, 4 en Océanie, 2 en Afrique et une dans les Antilles.

Amsterdam et Berlin dans le haut du classement

Dans leur analyse, les chercheurs brestois constatent que le degré de contamination au gadolinium varie considérablement d’une ville à l’autre, et qu’il est plus élevé en Europe que dans le reste du monde. « Dans les villes européennes, les niveaux de contamination de l’eau dépassent fréquemment 4 ng/kg (pour 23 des 43 échantillons), avec des valeurs supérieures à 60 ng/kg mesurées à Berlin et Amsterdam. Ces niveaux contrastent avec ceux observés ailleurs, puisque seuls 3 de nos 20 échantillons hors d’Europe dépassent 4 ng/kg (Tunis, Rio de Janeiro et Washington). » Selon eux, cette observation est significative car l’échantillonnage comprend certaines des plus grandes villes du monde en termes de population. La contamination de l’eau du robinet n’est pas corrélée au nombre d’habitants dans chaque ville, ni au nombre d’appareils IRM. Dans les 15 échantillons prélevés en France, ce sont les villes d’Île-de-France, comme Thiais, Saint-Ouen et Paris, qui présentaient les concentrations les plus élevées (entre 9 et 23 ng/kg). À l’inverse, les eaux de Nice et de Grenoble étaient les moins contaminées (moins de 4 ng/kg).

Différentes sources 

Selon les auteurs, ces variations s’expliquent par les différentes provenances des eaux du robinet. « La contamination de l’eau du robinet dépend principalement du choix des ressources utilisées pour la produire, et donc du niveau d’exposition de ces ressources aux effluents contenant du gadolinium, indiquent-ils. Cela est clairement illustré par certaines grandes villes européennes telles qu’Amsterdam, Paris et Londres, où l’eau du robinet est principalement produite à partir d’eau de rivière, connue pour être modérément à fortement contaminée par le gadolinium. À l’inverse, certaines villes telles que Stanford (Californie) et Kiel (Allemagne), qui utilisent des ressources peu ou pas contaminées, ont une eau du robinet exempte de gadolinium anthropique. »

L’impact du traitement des eaux

Outre la provenance de l’eau du robinet, une deuxième explication serait liée au traitement de l’eau. « Cela pourrait expliquer les faibles concentrations de gadolinium anthropique dans certaines villes asiatiques, avancent les auteurs. Par exemple, les résultats obtenus pour l’eau à Wuhan, Guangzhou et Shanghai sont assez surprenants. Non seulement les quantités de gadolinium anthropique sont faibles, mais les produits macrocycliques sont soit indétectables, soit présents en très faibles quantités. Nous ne savons pas quels produits gadolinés sont injectés en Chine, mais il serait surprenant que les produits linéaires soient encore largement utilisés dans ce pays. Si ce n’est pas le cas, l’absence ou la rareté du gadolinium macrocyclique dans l’eau impliquerait qu’ils ont été très efficacement dégradés lors de la purification de l’eau, voire éliminés lors d’une des étapes de purification. » Selon les auteurs, ces résultats soulèvent des questions cruciales concernant les pratiques médicales, le traitement des eaux usées et la conservation des ressources en eau.

Auteurs

Carla Ferrand

Journaliste cheffe de rubrique

Voir la fiche de l’auteur

Bibliographie

  1. Barrat J-A, Bayon G, Tripier R, et al (2026) Rare earth element abundances and gadolinium contamination in tap water worldwide. Chemosphere 394:144812. https://doi.org/10.1016/j.chemosphere.2025.144812.

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