François Cotton

À Lyon : « On manque de tests et de masques »

Le radiologue François Cotton coordonne les services d’imagerie des Hospices civils de Lyon (HCL). Sur fond de crise sanitaire du COVID-19, le chef de pôle détaille l’organisation locale et les réflexions en cours sur la coordination public-privé. Il partage également son désarroi face au manque de matériel de protection pour les soignants. Propos recueillis le 27 mars 2020.

Le 30/03/20 à 7:00, mise à jour aujourd'hui à 14:16 Lecture 5 min.

"Aux HCL, il y a une réunion du pôle imagerie tous les deux jours durant laquelle on fait le point sur la situation", détaille François Cotton. ©Sihem Boultif

Docteur Imago / Quelle organisation a été mise en place aux HCL pour prendre en charge les patients COVID ?

François Cotton / Aux HCL, il y a une stratégie globale réfléchie sur l’occupation des lits de réanimation et l’utilisation des équipements lourds pour la prise en charge des patients COVID. Le premier établissement sollicité a été l’hôpital de la Croix-Rousse qui possède un service reconnu pour les maladies infectieuses, puis l’hôpital Édouard Herriot et l’hôpital Lyon Sud, et, en dernier recours, l’hôpital Est. Les médecins du pôle d’imagerie ont proposé par service des scanners dédiés au COVID et une déprogrammation des examens non urgents. Pour ce qui est semi-urgent, notamment l’oncologie, les dossiers sont discutés au cas par cas avec les cliniciens, en fonction des protocoles de recherche, au niveau des RCP.

D. I. / Comment assurez-vous la permanence des soins en imagerie ?

F. C. / Pour la permanence des soins, nous avons doublé toutes les gardes séniors et internes. Nous avons mis en place il y a quelques mois un pool de cinq radiologues juniors et séniors pour gérer la permanence des soins des HCL, hors pédiatrie, interventionnel général et neuroradiologie interventionnelle. Sur ce pool de cinq personnes, les séniors et les internes sont doublés pour permettre la continuité des soins et la permanence si un médecin venait à être malade. Nous avons aussi développé un système de téléradiologie que l’on réserve aux médecins qui ont des pathologies chroniques et qui peuvent ainsi continuer à faire de la permanence des soins de chez eux avec un VPN. Actuellement, deux personnes, un senior et un interne, utilisent ce système. Si jamais on arrive à une situation où il y a beaucoup de médecins malades, on déploiera la téléradiologie mais ce n’est pas la priorité. Au niveau du pôle, nous souhaitons en effet qu’il y ait toujours un médecin auprès des manipulateurs quand il y a des examens. Les MER sont en première ligne, ils sont courageux, nous devons les soutenir. La téléradiologie n’a pas vocation à séparer les médecins et les manips, l’objectif est de travailler ensemble. Néanmoins, si l’interprétation à distance peut dépanner, on le fera.

D. I. / Combien de patients COVID+ sont actuellement hospitalisés aux HCL ?

F. C. / Au 27 mars, il y a 442 patients COVID+ aux HCL : 348 sont hospitalisés et 94 sont en réanimation. Ces chiffres évoluent tous les jours. Une discussion est menée au niveau de l’ARS et de la direction générale sur des accords avec les hôpitaux périphériques et les cliniques locales pour pouvoir répartir les patients dans d’autres établissements.

D. I. / Comment se passe la coopération public-privé sur le territoire ?

F. C. / Ça commence à se mettre en place, mais pour l’instant, tous les patients lourds COVID sont en CHU. Il y a actuellement des réflexions au niveau de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes pour identifier les établissements supports publics et les cliniques de la région qui sont prêtes pour la plupart à aider. Également, nous discutons de l’éventualité du scanner thoracique comme moyen de dépistage. Nous pourrions solliciter nos confrères du privé car ils ont déprogrammé beaucoup d’examens non urgents et il y a peut-être une possibilité de faire plus de dépistages par scanner, le temps que les tests fiables arrivent massivement.

D. I. / Comment les différents sites des HCL se coordonnent durant cette crise sanitaire ?

F. C. / Tous les jours, il y a une réunion sur chaque établissement où les imageurs sont évidemment sollicités. Il y a également une réunion par visioconférence du pôle imagerie tous les deux jours durant laquelle on fait le point sur la situation, notamment la permanence des soins, les pratiques par service, les décisions collectives et sur l’approvisionnement en masques qui reste un gros problème.

D. I. / Quel est l’état de vos stocks de matériel de protection ?

F. C. / Actuellement, nous donnons un masque chirurgical par jour par personnel. Normalement, il faut en changer toutes les 4 heures, donc on n’est pas dans les clous des normes actuelles. De plus, nous n’avons pas assez de stocks de masque FFP2, notamment pour les manipulateurs qui font des radios au lits en réanimation. On est en train de se battre pour en avoir. En imagerie, on devrait réserver les masques FFP2 à trois activités : la radiologie interventionnelle, les radios au lit des patients COVID+ et l’échographie dans certaines conditions, par exemple une échographie de la thyroïde d’un patient COVID+. Il n’y a pas assez de masques de ce type à ce jour, et cela ne concerne pas que l’imagerie.

D. I. / Du personnel a-t-il été réquisitionné en imagerie ?

F. C. / Pour l’instant non. Nous avons mis en place des listes de réserve de médecins et de manipulateurs radio. Tant qu’on n’a pas besoin d’eux, on ne les fait pas venir, tout simplement pour freiner l’épidémie. Tout le monde est solidaire et comprend la situation.

D. I. / Des tests COVID ont-ils été réalisés sur le personnel ?

F. C. / Oui, il y a des tests sur des personnels symptomatiques. Aux HCL, il y a deux centres où on réalise 600 tests par jour pour le personnel et les patients, mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait en faire plusieurs milliers quotidiennement. On manque de tests, de masques et de blouses, je trouve ça un peu dramatique pour la 6ème puissance du monde.

D. I. / Quel constat faites-vous de la situation actuelle ?

F. C. / Dans les équipes hospitalières, il y a beaucoup de solidarité et de courage, je pense notamment aux manipulateurs en imagerie. De notre côté, on fait de notre mieux pour s’organiser, mais il faut aussi que ça suive au niveau des ARS et du ministère. On s’aperçoit qu’il y a des problèmes de moyens et d’anticipation pour le matériel, les masques et les tests. Après cette pandémie, il faudra que l’on se pose tous ensemble pour une réflexion globale sur ce que nous souhaitons pour nos hôpitaux en France et pour la prise en charge des patients.

Auteurs

Carla Ferrand

Journaliste cheffe de rubrique

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