La téléradiologie est implantée en France depuis près de 20 ans. Qu’elle soit réalisée par des opérateurs privés ou par les établissements, elle a trouvé sa place dans le paysage de l’imagerie médicale. Son enracinement dans les pratiques est croissant et dépasse largement les frontières de la permanence des soins (PDS).
3 millions d’actes par an
« Nous sommes dans un contexte de déploiement rapide du numérique en santé et l’imagerie médicale est en pointe car c’est l’une des premières spécialités médicales à s’être emparée du sujet », analyse Olivier Babinet, expert numérique en santé au sein de l’Agence nationale de la performance sanitaire (ANAP). Selon lui, le déploiement de la téléradiologie est « un succès indiscutable » dans le domaine de la télémédecine : « Pour faire face à l’inégalité d’accès à l’imagerie dans les territoires sous-dotés, il y a aujourd’hui plus de 500 établissements de santé, notamment publics, qui ont totalement ou partiellement adopté la téléradiologie dans leurs pratiques. Cela représente environ 3 millions d’actes de téléradiologie externe réalisés chaque année », indique-t-il.
L’accès à l’imagerie, un besoin critique
La téléradiologie est née des conséquences des tensions démographiques en radiologie et des inégalités de répartition des médecins sur les territoires. « La demande d’examens ne cesse de croître, les taux de vacance à l’hôpital sont alarmants et les services sont sous pression », observe Olivier Babinet. Dans son enquête sur la PDS en radiologie, Guillaume Herpe, radiologue au CHU de Poitiers (86), a analysé la place de la téléradiologie dans les établissements. « Plus vous êtes un centre hospitalier général et plus vous êtes de petite taille en nombre de lits, plus vous allez recourir à la téléradiologie pour votre permanence des soins, indique-t-il. En moyenne, la PDS en journée est à 90 % faite sur place. Ce ratio s’inverse à 80/20 avec les périodes de nuit. La téléradiologie, c’est la majorité de la PDS en termes de centres qui assurent des urgences. Aujourd’hui, on ne sait pas combien de scanners par nuit sont fait en téléradiologie et combien sont faits sur place en France. Ce que l’on sait, c’est que la majorité des centres français sont en téléradiologie externe. »
PDS et programmé se partagent l’activité
Aujourd’hui, les sociétés de téléradiologie privées partagent leur activité entre le programmé et la permanence des soins. « Certains opérateurs font du 50-50, d’autres font 80 % de programmé, et d’autres sont plus positionnés sur les urgences et la PDS. C’est assez équilibré », rapporte Olivier Babinet. Parmi les opérateurs privés, on trouve notamment Télédiag, Imadis, Medin + ou encore TMF. Chez Télédiag, ce sont près de 800 000 examens qui sont traités en téléradiologie annuellement par les 800 téléradiologues du réseau. Chez cet opérateur, l’activité d’interprétation à distance se fait pour des hôpitaux publics, mais aussi des ESPIC, des centres de cancérologie et des petits centres de soins, type centre municipaux de santé (CMS). « Aujourd’hui, l’activité se situe autour de 55 % sur de la PDS », précise Paul Cayot, directeur commercial chez Télédiag. Aucun radiologue du réseau ne fait de la téléradiologie à 100 %, assure-t-il : « Nous voulons des radiologues qui fassent encore des gestes, du présentiel, qui aient un contact a minima avec les équipes et les patients, sinon ça déconnecte trop de la réalité du terrain. La téléradiologie à 100 %, je n’y crois pas du tout. Et on n’en veut surtout pas. »
Une question de survie pour certains hôpitaux
En termes d’organisation, les établissements s’emploient à trouver la formule téléradiologique qui correspond à leurs besoins locaux et à leurs infrastructures. Aux Hospices civils de Lyon (69), deuxième CHU de France, c’est une solution hybride qui a été choisie, avec les acteurs du CHU en présentiel sur certains sites stratégiques et la possibilité d’interpréter des examens en téléradiologie entre les sites. Au sein du GHT Valrhône Centre et dans la plupart des établissements publics des alentours, approximativement 50 % des actes sont faits en téléradiologie avec une société externe pour les hôpitaux de Vienne, Givors et Villefranche. Pour ces établissements, l’implémentation de la téléradiologie était une question de survie. « Cette téléradiologie externe a permis de continuer à faire tourner ces établissements, notamment les services d’urgences, indique François Cotton, responsable du pôle imagerie aux HCL. La téléradiologie externe est parfois perçue comme négative par rapport au métier de radiologue et à la distance avec les patients, mais elle permet de gérer la PDS dans certains territoires où les radiologues sont rares. »
« La téléradiologie amène de la compétence là où elle n’irait jamais »
Selon François Cotton, la téléradiologie doit être envisagée uniquement quand il n’y a pas d’autre choix localement, avec la nécessité d’une activité en présentiel dans certains domaines. La téléradiologie serait-elle une solution dégradée ? « Dans un sens oui, en lien étroit avec la pénurie des médecins radiologues et l’absence de contact direct avec le patient et les autres spécialités médicales. Mais, en même temps, la téléradiologie présente de nombreux avantages : elle permet non seulement de lutter efficacement contre les déserts médicaux, mais aussi de favoriser l’accès aux surspécialités. Un téléradiologue à Brest ou à Marseille spécialisé en IRM du cerveau ou en imagerie de la femme sera toujours meilleur qu’un radiologue polyvalent ou très spécialisé dans un autre domaine ». Pour Laurent Verzaux, radiologue libéral au Havre (76) et directeur général du Groupe Vidi, la téléradiologie n’est pas un cache-misère ou un pis-aller. « C’est un acte médical qui s’exerce à distance. Cela s’appuie sur un projet médical. Ce n’est pas de la prestation de services, c’est un outil au service des patients. La téléradiologie permet d’amener de la compétence là où elle n’irait jamais. » Il estime qu’à terme, la téléradiologie représentera 50 % de l’activité des radiologues.
Un marqueur de l’évolution des pratiques
Outre la problématique des déserts médicaux, la téléradiologie est aussi un outil dans l’air du temps de l’évolution des pratiques, à l’heure de la santé numérique et de la multiformité d’exercice : « La possibilité d’exercer une partie – non prédominante – de son temps en téléradiologie constitue un véritable levier d’attractivité et de fidélisation des médecins, estime François Cotton. Le Ségur a permis de décloisonner les statuts. Avoir des activités mixtes incluant de la téléradiologie est une évolution plutôt favorable du système de santé. »
Une pratique enracinée
Même si la démographie radiologique évoluait favorablement dans les années à venir, la téléradiologie ne disparaîtrait pas pour autant. « Le pli est pris dans les établissements. Et même si l’on augmentait drastiquement le nombre de radiologues, il n’y en aura jamais partout, dans tous les établissements où on en a besoin. La téléradiologie permet de faire appel aux surspécialités, de compléter l’occupation des plateaux techniques et de combler le déficit d’imagerie à l’échelle territoriale. On ne l’abandonnera plus jamais, d’autant qu’elle s’intègre dans la dynamique globale de la télémédecine et de la télé-expertise », analyse Olivier Babinet.
Une nouvelle charte et un état des lieux en 2025
En 2025, la charte de téléradiologie du G4 est en cours d’actualisation. La nouvelle mouture prévoit de mettre encore plus l’accent sur la téléradiologie territoriale avec des médecins locaux et de limiter l’activité de téléradiologie à 20 % de la pratique du radiologue. De son côté, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) travaille actuellement avec le Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN) afin d’établir un état des lieux des pratiques de téléradiologie en France. Les conclusions de cette étude seront publiées en 2025.
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