Docteur Imago / Comment le Conseil professionnel de la radiologie française (G4) s’organise-t-il pour assurer ses missions dans le contexte de l’épidémie de COVID-19 ?

Louis Boyer / Le G4 est aujourd’hui au moins aussi actif qu’en période ordinaire, excepté qu’il n’y a plus de réunion physique. Nous sommes en contact étroit par courriel, téléphone ou visioconférence. Tous les jours, j’échange avec chacun des présidents des quatre composantes, la Société française de radiologie (SFR), la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR), le Syndicat des radiologues hospitaliers (SRH) et le Collège des enseignants en radiologie de France (CERF). Je suis également en contact avec les autres membres du conseil d’administration et des radiologues responsables de dossiers précis en cours, qui continuent à les faire progresser. Le 26 mars, le G4 a tenu son conseil d’administration plénier par téléphone. Nous sommes également en contact avec le conseil national professionnel des manipulateurs radio.

D. I. / Quels mots d’ordre sont mis en avant à l’heure actuelle au sein du G4 ?

L. B. / Dans cette période de crise, les radiologues sont unis, plus encore que d’habitude. Face à cette situation nouvelle et inédite pour tout le monde, la concertation est plus étroite que jamais. Cette concertation, c’est l’essence même du G4 et c’est ainsi que je conçois ma présidence. Sur le terrain, nous constatons une réelle solidarité entre les radiologues ; ils communiquent entre eux. En tant que radiologue hospitalier et responsable de pôle à Clermont-Ferrand (63), j’ai pu percevoir directement cette solidarité. Les radiologues libéraux de notre pays soutiennent clairement les hospitaliers, qui ont été en première ligne au début de cette crise. Partout, la volonté de tous est de maintenir cette unité et cette cohésion au sein de la profession. Chacun à son niveau peut l’apprécier et s’en réjouir.

D. I. / Comment fonctionne la coordination entre radiologues hospitaliers et libéraux ?

L. B. / Les hôpitaux sont en plan Blanc, ce qui nous a amenés à reconfigurer notre workflow, les emplois du temps, la planification des activités et l’accès des patients, en distinguant les malades COVID des autres. Les libéraux participent à la coordination pour ces deux catégories de patients. À la suite des hôpitaux publics, les structures d’hospitalisation privées s’investissent de façon progressive dans la prise en charge de patients nécessitant une hospitalisation, et éventuellement une place en réanimation. Les radiologues libéraux vont également assumer un rôle important dans le suivi en ambulatoire des patients connus comme positifs mais atteints de façon bénigne, ou considérés comme guéris.

D. I. / Et pour l’activité hors COVID ?

L. B. / Pour l’activité hors COVID, les urgences et les pathologies lourdes doivent évidemment être prises en charge. Si l’on estime devant un diagnostic ou une suspicion de pathologie grave qu’il y a une perte de chance à attendre la fin de l’épidémie, il faut prendre en charge les patients concernés tout de suite, aussi bien en imagerie diagnostique qu’en radiologie interventionnelle. La coopération public privé intervient également dans ce contexte. L’intérêt de tous les patients, la qualité et la sécurité des soins, supposent cette bonne entente et la bonne coordination entre tous les radiologues. Et c’est bien le cas aujourd’hui.

D. I. / Quelles sont les initiatives prises par le G4 quant à l’organisation des soins ?

L. B. / Nous sommes très attentifs à cette question. Le 30 mars, nous avons diffusé un communiqué concernant les activités de dépistage, dans lequel nous rappelons que la période actuelle n’est pas propice à la convocation des femmes pour le dépistage du cancer du sein. Nous avons donc demandé qu’il soit suspendu de façon temporaire, en accord avec les présidents de comités départementaux et régionaux de dépistage en cancérologie, dont un certain nombre sont radiologues.

« S’il y a une perte de chance à attendre, il faut prendre en charge les patients tout de suite. »

J’ai écrit également la semaine dernière à la présidente du Conseil national de l’ordre des pharmaciens pour lui demander que des masques soient attribués, comme préconisé par la direction générale de la santé, aux radiologues libéraux exerçant en ambulatoire car ils n’y avaient vraiment pas accès facilement. Nous avons aussi demandé instamment à la Société française d’hygiène hospitalière des recommandations précises pour le bionettoyage des scanners, qui détaillent les variantes selon les produits de décontamination utilisés.

D. I. / Le G4 diffuse régulièrement des éléments de formation pour les radiologues dans le contexte de l’épidémie de COVID-19. Comment se coordonnent ses différentes composantes dans ce domaine ?

L. B. / Les activités de formation sont très denses. Les présidents des quatre composantes et moi-même nous concertons pour émettre des « commandes » de préconisations à la SFR. Dans le domaine de la formation continue, cette dernière fonctionne à plein régime et sollicite activement ses experts, particulièrement ceux de la Société d’imagerie thoracique (SIT), qu’il faut remercier chaleureusement pour leur réactivité et leurs qualités pédagogiques. La SFR regroupe aussi bien les radiologues publics, hospitaliers et hospitalo-universitaires du CERF que les libéraux. Des groupes d’experts SFR issus de tous les secteurs d’activité ont rédigé des mises au point sémiologiques ou de réalisation technique des examens, des recommandations de stratégie des indications, de rédaction de comptes rendus et d’organisation des soins.

D. I. / Le G4 a également mis en œuvre des actions scientifiques…

L. B. / Nous sommes face à une maladie nouvelle qui a entraîné un positionnement nouveau des acteurs de santé, amenant à promouvoir des actions originales. Il a ainsi été très rapidement mis en place, sous l’impulsion de la SFR et du CERF, un réseau de recueil des volumes d’activité radiologique thoracique, coordonné par Guillaume Herpe, radiologue au CHU de Poitiers. Sous l’égide de DRIM France IA, la SFR a également lancé le projet FIDAC de banque de données nationale de scanners thoraciques COVID-19.

« Deux programmes de recherche ont été déposés. »

Cette initiative, pilotée par Jean-Paul Beregi et mettant à contribution le réseau Nexus et la société NEHS, a été bâtie en un temps record. Elle devrait permettre d’accumuler plus de 10 000 dossiers de scanners thoraciques d’avril à août. Cette banque de données va être très précieuse pour la recherche sur le COVID-19.

D. I. / Des travaux de recherche sont-ils déjà en cours ?

L. B. / Deux programmes de recherche ont déjà été déposés : un PHRC national, géré par Marie-Pierre Revel (hôpital Cochin, Paris) concernant la sémiologie, et un PHRC régional par Jean-Yves Gaubert (La Timone, Marseille) concernant l’impact pronostique de la pathologie. Ces travaux concrétisent des initiatives individuelles, mais ils ont été discutés en amont en concertation nationale, afin d’évaluer les thématiques prioritaires et d’éviter les doublons.

D. I. / Quel constat tirez-vous de l’implication de la communauté radiologique à l’heure actuelle ?

L. B. / La concorde règne entre libéraux et hospitaliers en cette période où il est essentiel d’unir nos efforts. Je dois dire aussi combien nous sommes impressionnés par la mobilisation des internes en radiologie, qui sont souvent en première ligne, aux côtés des radiologues hospitaliers. Ils sont enthousiastes et plein d’énergie, alors que nos scanners fonctionnent jour et nuit.

« Nous sommes impressionnés par la mobilisation des internes. »

Les manipulateurs font également un travail formidable. Qu’il s’agisse de clichés thoraciques en réanimation ou de scanners, ils sont au contact des malades tous les jours, et font preuve d’initiative, de courage et de générosité. Nous sommes plus que jamais convaincus que leur profession doit être défendue, parce que leur contribution spécifique est indispensable et qu’ils sont très engagés.

D. I. / Le contexte sanitaire a bouleversé l’organisation radiologique, notamment au niveau du volume d’activité, avec des conséquences médicales et économiques probables. Y a‑t-il des réflexions au sein du G4 sur ce sujet ?

B. B. / En radiologie, comme dans toutes les spécialités médicales, cette crise débusque des difficultés pour lesquelles il faut dégager des solutions d’amélioration. En sortie de crise, nous avons l’intention d’établir un bilan afin que la radiologie fonctionne encore mieux. Ça, c’est pour les leçons à tirer. En ce qui concerne les conséquences de la crise, elles dépendront bien sûr de sa durée, qu’on ne connaît pas à ce jour. Dans l’immédiat, on observe une baisse globale d’activité touchant étonnamment des pathologies réelles, qui ne peuvent pas avoir disparu. Au CHU de Clermont-Ferrand où j’exerce, nous avons remarqué qu’au niveau du SAU, il y a moins d’admissions pour douleurs abdominales, moins d’infarctus du myocarde, moins d’AVC en ce moment. Les radiologues ne sont pas les mieux placés pour analyser ce phénomène curieux, mais nous avons bien conscience que, pour certaines pathologies, un retard sera à déplorer. En oncologie, on ne voit plus le même nombre de bilans d’extension. Nous craignons que des douleurs thoraciques tournent mal et que des accidents vasculaires cérébraux (AVC) soient négligés.

D. I. / Comment envisagez-vous la sortie de crise ?

L. B. / La fin de crise va se focaliser sur la gestion de la fin du confinement, qui débouchera peut-être sur une activité radiologique liée aux contaminations nouvelles et au suivi des malades que l’on croyait avoir guéri, avec peut-être des rechutes. La poursuite de cette activité COVID constitue donc une des incertitudes de la sortie de crise. Il y aura aussi la prise en charge des pathologies graves qui n’ont pas disparu, et des pathologies moins graves qui représentent une activité conséquente en radiologie. On ne sait pas bien à ce jour comment tout cela va s’accorder et se répartir. Il est difficile de dégager une vision d’avenir très argumentée sur ce sujet. Il nous faut néanmoins nous y préparer.

Carla FERRAND