Imagerie hybride

« La collaboration entre médecins nucléaires et radiologues est cruciale pour développer la TEP-IRM »

L’hôpital Henri-Mondor de Créteil (AP-HP) exploite depuis le mois de juin une TEP-IRM pour des examens oncologiques. Le service d’imagerie espère démontrer l’apport diagnostique de cette technologie et ainsi favoriser son développement, comme l’explique le radiologue Alain Luciani.

Le 25/10/17 à 15:00, mise à jour hier à 15:21 Lecture 4 min.

Le radiologue Alain Luciani (ici lors de la conférence de presse des JFR) travaille à démontrer l'apport de la TEP-IRM en oncologie. © C. F.

Docteur Imago / La TEP-IRM de l’hôpital Henri-Mondor est la deuxième mise en service par l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), après celle de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Quel est son champ d’application ?

Alain Luciani / En France, il y a quatre appareils de ce type. Deux sont installés dans des centres très orientés vers la recherche : le CERMEP à Lyon et le service hospitalier Frédéric-Joliot à Orsay. La TEP-IRM de la Pitié-Salpêtrière est principalement consacrée à la neuro-imagerie. La particularité du CHU Henri-Mondor, c’est qu’il est le premier site à avoir installé cette machine dans l’objectif de faire beaucoup d’imagerie corps entier.

D. I. / Comment ce projet a-t-il vu le jour ?

A. L. / Nous l’avons lancé il y a sept ans avec Emmanuel Itti, chef du service de médecine nucléaire. Nous nous sommes dit que des patients d’oncologie suivis chez nous, qui ont besoin d’un examen d’IRM et d’un examen de TEP, devaient bénéficier de cette technologie. Nous les avons intégrés dans des projets de recherche clinique. Nos trois cohortes principales concernent les hémopathies lymphoïdes, les cancers du foie et les neurofibromatoses.

D. I. / Quels sont les bénéfices de cette technologie hybride ?

A. L. / D’une part, c’est un examen tout-en-un. Il y a un seul rendez-vous. Le circuit patient est donc beaucoup plus simple. D’autre part, l’interprétation est conjointe entre le médecin nucléaire et le radiologue. Nous faisons un seul compte rendu avec nos deux signatures. Le patient bénéficie ainsi d’une optimisation de sa prise en charge. Enfin, on potentialise les deux technologies. L’IRM est une technique efficace pour détecter des choses que l’on voit mal avec le scanner, par exemple les tumeurs dans le foie, les tumeurs des parties molles et les tumeurs de la moelle osseuse. Ce sont des indications où la résonance magnétique donne tout son potentiel.

D. I. / Sur quels objectifs travaillez-vous actuellement ?

A. L. / Nous essayons de montrer qu’il y a une optimisation du diagnostic lui-même. Peu de travaux sont disponibles à ce jour sur ce sujet. Une étude préliminaire suggère que la réalisation d’un examen de TEP-IRM après une TEP-TDM permet de changer la prise en charge dans presque un tiers des cas. Nous pensons qu’il y a un apport de la TEP-IRM mais, sur ces machines encore rares, la difficulté est de sélectionner les meilleures indications, c’est-à-dire celles pour lesquelles elle apporte un bénéfice particulier. C’est notre objectif à Mondor : si nous parvenons à montrer que la TEP-IRM est vraiment supérieure à la stratégie habituelle dans certaines indications, cela sera un motif pour installer plus de machines et développer cette technologie.

D. I. / Comment se positionne la France pour l’utilisation de la TEP-IRM ?

A. L. / Elle est en retard, ce qui est plutôt logique car nous avons encore beaucoup de retard en IRM simple. En Europe, le pays le plus en avance est l’Allemagne, du fait de la présence sur le territoire d’un des industriels qui produisent cette technologie. Les États-Unis sont également bien positionnés en TEP-IRM. Globalement, c’est un marché relativement dynamique mais très orienté vers les centres universitaires et les centres de recherche.

D. I. / Avec le développement des technologies hybrides, pensez-vous que l’on assistera à la fusion de services d’imagerie et de médecine nucléaire ?

A. L. / Cette question dépasse le seul cadre administratif. Ce qui est important, si l’on veut que la TEP-IRM se développe, c’est la collaboration entre le médecin nucléaire et le radiologue. À Mondor, nous sommes dans deux services différents, au sein du même pôle dirigé par Alain Rahmouni. Depuis 20 ans, nous travaillons très bien avec nos collègues de médecine nucléaire et c’est grâce à cela que nous avons pu obtenir cet équipement. Il ne s’agit pas simplement d’allumer la machine et de faire passer des malades ; il faut construire des séquences d’IRM et déterminer quelles acquisitions TEP réaliser, quels traceurs utiliser, etc. Il faut donc dans la boucle un radiologue et un médecin nucléaire qui établissent une collaboration efficace. Si la TEP-IRM sert juste à faire de la calibration d’atténuation comme on peut le faire avec la TEP-TDM, cela n’a aucun intérêt.

D. I. / Comment s’observe la valeur ajoutée des radiologues dans le développement de la TEP-IRM ?

A. L. / Mondor est l’un des seuls sites au monde à faire des acquisitions corps entier en imagerie de diffusion couplées aux acquisitions TEP simultanées. C’est une innovation qui vient de l’équipe des radiologues et que l’on a appliquée directement sur la TEP-IRM à partir de nos publications. Cela fait dix ans que nous faisons de l’imagerie fonctionnelle corps entier en IRM. Si nous n’avions pas fait ce travail en amont, nous ne pourrions pas aujourd’hui avancer aussi vite dans l’optimisation des séquences de TEP-IRM.

Auteurs

Carla Ferrand

Journaliste cheffe de rubrique

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